La pratique de la philosophie en communauté de recherche à tout âge : 4 mois plus tard!

C’est avec grand plaisir que je cède la place à Caroline Mc Carthy pour le prochain billet portant sur l’utilisation de la communauté de recherche avec des personnes de 50 ans et plus.  Il s’agit d’une suite à son précédent billet, avec le recul que lui donne 4 mois de pratique. Caroline aime côtoyer les espaces de pratique dans lesquels on peut s’exercer à utiliser de mieux en mieux les outils et attitudes pour être capable d’une pensée de plus en plus autonome, cohérente, créative et rigoureuse. Diplômée en Anthropologie sociale et culturelle elle est particulièrement active en sciences de l’éducation et en Philosophie pour enfants.

Mise en contexte

Depuis le mois de septembre 2017, la FADOQ[1] Centre-du-Québec a choisi de proposer à ses membres et au grand public, un projet novateur, soutenu par le Ministère de la Famille et la Faculté de philosophie de l’Université Laval, afin de permettre la mise en œuvre de communautés de recherche philosophique (CRP)[2].

L’intention de l’organisme est d’offrir la possibilité de participer à une activité qui saura apporter un bénéfice individuel et collectif en permettant à tous et chacun de s’approprier les outils de la pensée et de développer des attitudes leur permettant de résoudre par et pour eux-mêmes les problèmes qu’ils souhaitent aborder.

Il s’agit d’une activité visant l’apprentissage et l’approfondissement du dialogue menant à la mise en commun des idées. Déjà, dans plusieurs pays, la démonstration des différents milieux d’application possibles pour la pratique de la philosophie en communauté de recherche s’est manifestée depuis près de 50 ans. Plus fréquemment proposée à des fins d’éducation de la pensée critique, créative et attentive dans les écoles, les enseignants qui animent des communautés de recherche dans leur classe sont à même de témoigner des enjeux et des implications de la pratique de la philosophie qui a et aura des conséquences dans différentes sphères de la vie des participants. C’est une des raisons pour laquelle cette pratique se transpose au-delà des écoles. Il y a, telle que la FADOQ, des organismes, des entreprises et différents regroupements qui s’intéressent aux différentes visées que propose la CRP.

La création d’une communauté de recherche philosophique (CRP)

La mise sur pied d’une CRP comprend habituellement trois moments. Les participants sont d’abord invités à se familiariser avec des textes proposés. Puis, ils identifient les thèmes, questions et problèmes qu’ils estiment importants pour eux. Enfin, ils s’engagent dans l’examen de l’un ou l’autre des éléments qu’ils ont choisis de retenir.

Ainsi, premièrement, les participants lisent à haute voix chacun à leur tour des passages désignés d’un texte qui suscite le questionnement. En plus de s’assurer que chacun a l’opportunité de prendre connaissance du texte, cette lecture en commun est un premier pas dans le développement du sentiment d’appartenance au groupe: déjà on partage une lecture d’un texte, d’une histoire, d’un exercice, d’un plan de discussion, comme plus tard on sera appelé à partager des idées, des sentiments, des points de vue, des perspectives.

Deuxièmement, les participants sont invités à relever les idées, les questions et les problèmes qui les ont marqués lors de la lecture. Cette période vise essentiellement à mettre en évidence les thématiques retenues par les participants en raison de leur importance ou de leur caractère particulier ou surprenant. Il ne s’agit pas d’une course à la meilleure idée mais bien d’une occasion permettant à chacun de souligner une ou plusieurs idées, questions ou problèmes jugés valables pour soi.[3]

La cueillette de questions — la mise sur pied de l’ordre du jour — est donc une œuvre collective appelant chaque participant à exposer aux autres soit l’idée, le thème, le passage ou la question qui présente un intérêt à ses yeux.

Enfin, les participants s’engagent dans la discussion de l’un, de plusieurs ou de l’ensemble des thèmes, questions ou problèmes qu’ils ont choisis d’investiguer. La pratique de la philosophie offre la possibilité aux participants de réfléchir profondément et avec plaisir à des idées qui les intéressent dans le cadre d’une recherche commune fondée sur la collaboration et la distribution du travail.

Ajoutons que ce processus ne se résume pas uniquement à l’exercice des habiletés cognitives. En effet, le dialogue qui se développe en CRP suscite une dynamique qui favorise un accroissement de la sensibilité aux relations interpersonnelles et l’acquisition d’un juste sens des proportions conduisant à faire la part des choses entre ses propres besoins et aspirations et ceux des autres[4].

La CRP s’inscrit dans un processus de démocratisation de la philosophie. En effet, elle prend appui sur l’intérêt des questions auxquelles se rapportent moult situations de la vie courante, et contribue à réorganiser notre rapport au monde, aux choses, aux idées, aux autres et à soi-même et tout ceci intimement relié avec la notion de sens.[5]

 

En CRP, la philosophie y est considérée, tel que le dirait Comte-Sponville, comme une manière de penser sa vie et de vivre sa pensée[6], comme un moyen pour viser le développement d’une tête bien faite en réfléchissant à des questions qui meublent notre quotidien et qui contiennent bon nombre d’avenues par lesquelles nous pouvons emprunter le chemin de la recherche philosophique. Tous sont concernés, que ce soit individuellement ou collectivement, par les concepts d’amitié, de justice, de dignité, de rigueur, de tolérance, de vérité, de liberté, de respect, etc.

Ajoutons aussi, que c’est un rassemblement de personnes curieuses et de plus en plus ouvertes qui mettent leurs savoirs particuliers, leurs expériences et leur créativité en commun afin de résoudre les problèmes qu’ils ont choisi d’analyser. C’est un espace de pratique dans lequel les participants peuvent s’exercer à utiliser de mieux en mieux des outils de la pensée et des attitudes afin d’être capable d’une pensée toujours plus autonome, cohérente, créative, rigoureuse et attentive. En outre, c’est un contexte dans lequel on prend le temps de se déposer et valider ce qu’on peut acquérir de l’exercice de la pensée, où on partage nos intérêts, nos questions et notre étonnement dans un climat de respect, de confiance et d’écoute attentive. Se présente alors l’occasion de mieux penser, mieux se connaître, mieux connaître le monde qui nous entoure, et mieux y vivre!

Particularités et objectifs centraux du projet Histoire de penser

Ce qui caractérise le projet dont il est question ici, c’est que tout d’abord le nombre de personnes invitées à participer à la création de communautés de recherche philosophique. L’organisme regroupe plus de 25000 personnes réparties dans plusieurs secteurs du Centre-du-Québec[7] et clubs autogérés sur ce même territoire. Des personnes de 50 ans et plus qui sont invitées à être membre d’une fédération qui leur propose des activités de loisirs et de participer à la défense de leurs droits. Leur crédo: La force d’un réseau!

Puisqu’on y compte 70 clubs autonomes, sur des territoires différents, c’est donc dire qu’il y a 70 conseils d’administration. Des administrateurs qui ont en moyenne entre 50 et 85 ans, donc plusieurs années, voir des générations qui les séparent. C’est dans ce contexte que se rencontrent différents points de vue, différentes valeurs et pour toutes sortes de raisons, se présentent des divergences d’opinions, des clivages qui se créent, plus souvent qu’autrement le désaccord est noué aux conflits intergénérationnels et cela amène, inévitablement, des tensions lorsque vient le moment de prendre des décisions pour le bien commun et pour gouverner l’organisme. Il apparaît important de souligner que ce n’est pas le propre de cet organisme, bon nombre d’établissements et d’entreprises font face à ce genre de situation[8].

C’est alors qu’intervient le projet « Penser entre aînés ». C’est une première! Un alliage précieux de collaborateurs et une initiative unique par laquelle un organisme pour aînés se lance dans la pratique de la philosophie en communauté de recherche et ce, pour diverses raisons, selon les objectifs que souhaite rencontrer le projet, dont les suivantes:

  • Formation de la pensée autonome
  • Gestion de conflits
  • Construction de la résilience
  • Apprentissage du dialogue délibératif
  • Éducation des émotions
  • Meilleures communications
  • Gestion du stress
  • Prévention de la violence

Inspiré directement des travaux entourant la pratique de la philosophie à l’école (1968 à nos jours) ce projet aspire à permettre aux membres de la FADOQ et de la communauté de s’affranchir des préjugés et stéréotypes au moment d’échanger sur des sujets qui les concernent spécifiquement. Il permettra aussi de capitaliser sur les connaissances et les capacités de tous, en donnant libre cours à leur esprit d’initiative et à leur créativité, facilitant ainsi des comportements proactifs et satisfaisants au sein de leur organisme et de la communauté.

Description sommaire du projet

La CRP a été proposée dans le cadre du projet comme un lieu de rencontre stimulant pouvant réunir des personnes de tous âges et de tous horizons afin qu’elles se posent ensemble des questions qui les touchent et les intriguent. C’est aussi une autre approche de la discussion dans laquelle les participants sont des co-chercheurs qui collaborent pour trouver ensemble des réponses aux questions qui les intéressent. Pour que cela fonctionne, il faut évidemment que les participants développent leur sens de la responsabilité et de l’intérêt collectif, mobilisant ainsi leurs aptitudes à travailler en équipe. La CRP a un fort potentiel de mobilisation, de concertation et de médiation sociale sur des questions qui concernent les participants.

Dans de nombreux documents traitant de l’un ou l’autre des thèmes liés aux conditions de vie des personnes de 50 ans et plus, il est fréquemment mentionné que ce « groupe démographique» n’est pas du tout un groupe homogène. De ce fait, réunir dans un même ensemble des personnes dont le statut socio-économique, le parcours de vie, les réalisations, les aspirations, les valeurs, la culture, les préoccupations, les inquiétudes et les rêves sont non seulement tout aussi multiples que dans la société tout entière, mais en constante évolution et transformation, comporte un défi de taille, tel qu’il l’est au quotidien dans le vivre ensemble. En regard de cette situation, la CRP participe notamment à délier les préjugés et co-construire à partir de ces différences.

Comme mentionné précédemment, des textes spécialement conçus pour la CRP sont proposés au groupe. Par exemple, la lecture du roman philosophique tel que Lisa[9] fera émerger une série de thèmes qui pourront être examinés de manière approfondie, selon l’intérêt des participants et la direction donnée au dialogue.

Voici un aperçu des thèmes évoqués depuis l’initiation du projet: action (intention, conséquence, désir), aide, attitude, autorité, beauté, bien, changement et permanence, choix, circonstances, cohérence, comportement, croyance, droit, communication, confiance, conflit, coopération, critère, culture, curiosité, décision, dialogue, disposition, éducation, empathie, entente, égalité, équité, expérience, identité, impartialité, innocence, intention, intérêt, jugement, justice, liberté, minorité, ordre, personne, point de vue, propriété, punition, qualité, question, recherche, réflexion, règle, relation, responsabilité, sens, sentir, signification, sincérité, société, soi, tradition, valeur, vertu, vieillesse, volonté…

Par-delà les thèmes susceptibles d’être abordés, se trouvent aussi les questions qui sont posées par les participants. Voici donc quelques exemples de questions qui se sont révélées au fils des rencontres :

Qu’est-ce qu’implique faire confiance?

Que veut dire vieillir en beauté?

Pourquoi on promet? C’est quoi une promesse?

Qui décide des bonnes manières?

Est-ce que les animaux ont des droits?

Est-ce que toute vérité est bonne à dire?

Est-ce que c’est nécessaire de faire des compromis pour être en relation?

Qu’est-ce que c’est traiter une personne comme une personne?

L’animation

L’animateur d’une CRP vise non seulement à apprécier ce qui se dit, mais à porter son regard et celui des co-chercheurs sur l’entre-dit, sur ce qui relie les propos des participants. Les questions et interventions de l’animateur porte essentiellement sur les rapports qui s’articulent entre les idées. Aidé de guides d’accompagnement contenant des milliers de plans de discussion (ensemble de questions permettant d’approfondir le sens d’une idée, la qualité d’un processus de raisonnement, la rigueur de la recherche en commun, etc.) permettant, au moment opportun, d’aider les participants à approfondir leur questionnement, l’animateur a pour mandat de mettre ces derniers au défi de penser par et pour eux-mêmes avec les autres.

L’animation d’une CRP consiste essentiellement à intervenir afin de favoriser la pratique de plus en plus fine d’une série d’habiletés de penser et d’attitudes et à laisser aux participants le soin de trouver par eux-mêmes, grâce à cette pratique, les réponses à leurs questions ou les solutions aux problèmes qui les intéressent. 

Penser mieux et dépasser la simple opinion.

Les participants de plus de 50 ans aux CRP dans le cadre du projet, tout comme les enfants ou les autres adultes provenant de différents milieux, on échafaudé leurs jugements sur les représentations qu’ils se font de la réalité. En fonction de l’âge, de l’éducation reçue et du milieu dans lequel la personne a évolué, ces représentations peuvent varier considérablement. Les représentations d’un jeune enfant seront plus flexibles, voir souples, que celles d’un adolescent. Il est raisonnable de croire  (bien qu’il puisse exister des exceptions) que celles de ce dernier seront moins tenaces que celles de la plupart des adultes. Chez les personnes de plus de 50 ans, les représentations sont souvent aussi ancrées que celles d’un adulte, mais avec quelques particularités qui peuvent en renforcer la nature.

La pratique de la philosophie en communauté de recherche avec les personnes de plus de 50 ans bute parfois sur un obstacle dès lors qu’il s’agit de dépasser le simple échange d’opinions, pour amener les participants à remettre en question leur représentation et les amener vers la recherche de sens. En effet, il a été difficile au début pour les participants, d’identifier une cause ou une « bonne raison » qui les pousserait à réévaluer leur façon de penser, leur « présupposés» pour faire évoluer et modifier, voir complètement remettre en question, leur système de représentation. La responsabilité de l’animateur consiste alors, d’une part, à instaurer un climat de confiance pour que chacun soit en mesure, au moment opportun, de faire ce premier pas dans la direction d’une remise en question.[10]

Autre point qui peut s’avérer utile pour la pérennité d’un projet comme celui-ci, serait de tenir compte du plaisir qui doit être au rendez-vous lors des échanges, des discussions.

 Applications et enjeux

L’invitation à participer à ce projet a été lancée au printemps 2017. Le premier défi aura été de présenter l’activité et de demander aux responsables des clubs qu’ils en fassent la promotion. Faire la promotion de quelque chose qui demeure abstrait jusqu’au moment où l’on expérimente la chose en question, cela représentait en effet tout un défi.

Au premier abord, les gens ont tendance à penser qu’il est question d’une activité où il s’agit de se laisser entretenir sur la conception de philosophes de la Grèce Antique. Ce qui n’est évidemment pas le cas. Peu à peu, par les groupes qui se sont formés et pour les membres qui ont accepté d’y participer, l’incompréhension s’est vue transformée en une participation proactive et une vue tout à fait positive de ce que cette nouvelle activité pouvait représenter.

D’autre part, en questionnant les participants, nous nous sommes rendus compte qu’ils ne s’associaient pas au terme aîné, alors que l’activité avait été nommé initialement Penser entre aînés.  Il y a avait là un jeu de mot intéressant, a priori, mais il ne fût pas accueilli de la sorte. Ce qui est étrange puisque les personnes concernées de 50 ans et plus, deviennent membres, de façon volontaire, d’un organisme qui s’adresse exclusivement aux aînés. Quoi qu’il en soit, puisque cela semblait poser une difficulté nous avons cherché ensemble une manière différente de nommer l’activité, respectant ainsi un principe de fond de la CRP : partir de l’intérêt des participants.  Le nom a été changé pour Histoire de penser. Ce choix est justifié par le fait qu’on entame de manière générale la CRP, de la même façon que cela est proposé aux enfants,  avec la lecture commune d’une histoire et que de pensées en pensées se forme l’histoire d’une communauté. Puisque que la porte est ouverte sur une similitude, voyons voir quelques ressemblances et différences.

Après quatre (4) rencontres, un exercice est proposé au groupe. Il s’agit d’observer un chat dans un escalier. C’est une illusion d’optique qui pose la question suivante : Est-ce que le chat monte ou descend l’escalier? L’interrogation est dirigée vers le groupe et en sus les participants doivent donner une raison suivant leur hypothèse sur la chose.

C’est alors que nous reconnaissons l’opinion supportée parfois par une raison tantôt technique, tantôt reliée à des connaissances sur le sujet, ici de l’animal, tantôt une intuition et à l’occasion aucune raison ne donne suite à l’opinion. C’est ce qui se passe lors des premières rencontres et cet exercice a pour objectif de renforcir l’idée qu’il est attendu dans la CRP que nous dépassions la simple opinion. Il doit y avoir une ou des raisons qui soutiennent ce que l’on avance afin de poursuive la recherche en évaluant la ou les raisons et éventuellement les conséquences et l’envers de la position.

À la fin de cet exercice, les participants demandent souvent et à répétition : quelle est LA réponse? La réponse de l’animateur étant : Je ne sais pas! Pour certains adultes, cette réponse aura suscité de la frustration. L’idée que la personne en charge de l’animation n’ait pas la réponse s’est présentée, a priori, comme quelque chose de difficile à supporter, qui plus est, les participants devaient continuer l’atelier sans savoir LA réponse et cela leur posait problème. Deuxième objectif de cet exercice, s’ouvrir à l’idée qu’il n’y a pas pour un problème donné qu’une seule bonne réponse.

En comparaison, avec un exercice semblable auprès d’enfants, cette idée que la personne devant eux n’ait pas de réponse finale ouvre plein de possibles au lieu de générer de la frustration.

Ceci amène à relever une autre différence marquée et marquante concernant la modélisation de l’animateur d’une CRP dans un contexte où les participants sont plus âgés que ce dernier. Par exemple, avec des enfants, à l’occasion, il est souhaitable de dire qu’on ne sait pas, ou qu’on n’avait jamais pensé à ce qui vient d’être évoqué. Cette attitude entraine un sentiment de légitimité chez l’enfant dans sa participation à la CRP. Alors que cette attitude reproduite avec un groupe d’adultes plus âgées que l’animateur, risque de maintenir, s’il y est, le préjugé : tu es plus jeune que nous c’est normal que tu ne saches pas, ou mieux encore, tu n’as pas notre expérience, tu ne peux pas savoir.

Pour certains participants ce fût une des premières occasions de s’exprimer dans un groupe. Ce qui se produit aussi pour des enfants, qui avant l’avènement d’une CRP dans leur classe, n’avaient jamais pris la parole. Pour plusieurs, ils saisissent la balle au bond, parce qu’ils sentent bien qu’après la 6ième ou 7ième rencontres, il y a des liens de confiance qui se sont tissés. Aussi, ceux qui avaient une plus grande aisance d’entrée de jeu, manifestent aussi des changements d’attitudes, ne serait-ce que par les exemples qui sont apportées. Au début, il y a citation de ce qui se passe à la télévision ou chez le voisin et peu à peu, les exemples deviennent de plus en plus personnels et collés à leur réalité. Parce qu’ils ont confiance. Parce qu’ils découvrent au sein de la communauté un lieu où c’est possible de se dire. Non seulement il est possible de se dire mais de dédire aussi. Je ne sais pas. Je me suis trompé. Je change d’idée. L’humilité se présente et se déploie pour laisser de l’espace à l’autre qu’on n’avait pas entendu, à l’autre et ses idées pour les entendre, les évaluer, les considérer et enfin co-construire ensemble.

Animer une CRP avec des gens qui ont des récits de vie plus longs que ceux des enfants, c’est aussi s’attendre à ce que les nœuds soient plus difficiles à dénouer. Certains préjugés, stéréotypes, croyances et approbations de grandes généralités sont parfois bien campées. Dans ce contexte, le temps est notre ami et la patience notre complice. Ceci dit, c’est possible et souhaitable, puisqu’en effet après une dizaine d’heures passées ensemble, les personnes commencent à voir se dévoiler des habiletés de penser qu’elles n’avaient jusqu’ici jamais exploré et qui maintenant leur serviront partout en tout temps avec tout le monde. Intéressant aussi parce qu’il y a, à même ces groupes, de la relève parmi les retraités qui se rendent disponibles et intéressés pour recevoir une formation d’animateur et se déplacer non seulement dans leurs organisations mais aussi en contextes parascolaires pour animer auprès des enfants.

Conclusion

La création d’une CRP permet vraisemblablement aux participants de tisser un lien avec leurs propres expériences de vie et donne l’occasion de façon individuelle à certains égards et pour certaines personnes de revenir sur des épisodes inconvenants de leur vie et de mieux les comprendre. Par ailleurs, le penser-ensemble qui s’y développe deviendra un agir-ensemble s’inscrivant dans un contexte de dialogue et d’écoute attentive, affranchi de bon nombre de préjugés, animé par le respect de soi, le respect des autres et la volonté de résoudre pacifiquement les conflits.

Le respect, la justice et les valeurs éthiques sont ici inévitablement les assises des dialogues et échanges au cœur de l’interaction proposée par la CRP s’intéressant à la thématique générale valeurs et vérités, ce qui est tout à fait en lien avec l’axe de « histoire de penser, ensemble, autrement », que se propose de déployer la FADOQ pour ses administrateurs et ses membres.

À suivre…

_______________

[1] Par le biais de sa mission loisir et sa mission sociale, le regroupement développe des activités et offre des programmes afin de mener à bien chacune de ses missions et contribuer ainsi au mieux-être de ses membres. Forte de ses 25,000 membres et de ses 70 clubs, la FADOQ-Région Centre-du-Québec est bien implantée dans sa région. Les clubs FADOQ sont des acteurs importants dans chacune de leur communauté en permettant à des personnes aînées d’éviter de vivre de l’isolement mais au contraire d’avoir une vie sociale et de pratiquer régulièrement des activités de toutes sortes en pouvant compter sur la Fédération pour la défense des droits des aînés.

[2] La communauté de recherche philosophique (CRP) est un environnement où se met en route une série d’habiletés de pensée, d’attitudes, de stratégies et de compétences. L’ensemble de ces éléments, qu’ils soient relatifs à l’univers social ou aux instruments de la logique, constitue autant d’outils de la recherche.
https://philoenfant.org/2015/06/26/conduites-de-lanimateur-dune-communaute-de-recherche-philosophique/

[3] SASSEVILLE, Michel, La pratique de la philosophie avec les enfants. 3e édition p.24  2009, 276 pages

[4] SASSEVILLE Michel, La pratique de la philosophie avec les enfants, Presses Université Laval, 2000 – 227 pages, p.5.

[5] GAGNON, Mathieu, «La pratique de la philosophie en communauté de recherche auprès de personnes en centre jour», p.145, dans La communauté de recherche philosophique Applications et enjeux, sous la direction de Mathieu Gagnon et Michel Sasseville, Presse de l’université Laval, collection Dialoguer 2011, 322 pages.

[6] COMTE-SPONVILLE, Dictionnaire philosophique 1654 définitions. Éditions PUF, 2013, 1120 pages.

[7] La région du Centre-du-Québec est encore parfois nommée « Bois-Francs ». Elle est délimitée par les régions de la Mauricie au nord, de l’Estrie au sud, de la Montérégie à l’ouest et de la Chaudière-Appalaches à l’est. Cinq municipalités régionales de comté (MRC) regroupent 79 municipalités : MRC d’Arthabaska, MRC de Bécancour, MRC de Drummond, MRC de L’Érable, MRC de Nicolet-Yamaska.

[8] MERTENS Sybille, La gestion des entreprises sociales, Edipro, 2010 – 379 pages, p.274

[9] Roman destiné à la pratique de la philosophie en communauté de recherche : Lisa: Recherche Éthique de Matthew Lipman et Ann Margaret Sharp.

[10] ABEL, Gilles, «Des bienfaits de la philosophie en maison de retraite», p.165, dans La communauté de recherche philosophique Applications et enjeux, sous la direction de Mathieu Gagnon et Michel Sasseville, Presse de l’université Laval, collection Dialoguer 2011, 322 pages.

 

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