Quelques influences ayant marqué la route de la philosophie pour enfants

Lipman et Dewey

Inspiré par la pensée de John Dewey, le père de la philosophie pour enfants, Matthew Lipman, voyait dans la pratique de la philosophie une activité extraordinaire pour qui veut faire de l’école un lieu où l’on apprend à penser. Pour Dewey, l’école, par le biais de la recherche, doit être un lieu d’apprentissage de l’art de penser. Mais au lieu de s’appuyer, comme Dewey, sur la démarche scientifique pour y arriver, Lipman considérait que la philosophie était encore mieux adaptée à cet objectif en raison du fait que les concepts en philosophie sont centraux dans l’expérience humaine, qu’ils sont contestables et qu’ils convoquent aisément, du même coup, la discussion. Mais il n’y a pas que Dewey qui inspira Lipman.

Il importe aussi de souligner le psychologue et philosophe Lev Vygostsky qui estimait que les enfants réunis en groupe de travail et mis au défi de penser par un adulte sont en mesure très tôt de penser de façon abstraite.

Il importe également de souligner l’influence de la posture de Socrate et sa démarche maïeutique. Encore qu’ici il faille nuancer quelque peu. L’animateur dans une communauté de recherche ne vise pas à ce que les enfants en arrivent par eux-mêmes à penser qu’ils ne savent rien. Il n’est pas non plus celui qui est constamment en train d’interroger les participants. Si les questions posées par l‘animateur sont très importantes en début de processus (Sur quoi te bases-tu pour dire ceci ? Aurais-tu un exemple qui viendrait appuyer ce que tu avances ? Quelle pourrait être ton hypothèse concernant le problème que nous avons ? Est-il possible d’entrevoir la question sous un autre angle ? etc.), celles-ci deviennent de plus en plus la propriété des participants de la communauté de recherche conduisant ces derniers à s’interroger entre eux.

Notons également Aristote avec ses outils de la logique formelle (présents seulement dans une histoire – La découverte de Harry –et occupant dans celle-ci uniquement 5 des 17 chapitres) et sa définition du jugement dans son Éthique à Nicomaque(«la juste discrimination de ce qui est équitable») que Lipman a fait sienne pour préciser quelle sorte de jugement est en jeu lorsqu’on pratique la philosophie avec les enfants en communauté de recherche.

Pour Lipman, le jugement à former est celui qui porte sur le probable, sur ce qui n’a qu’une certaine chance de se produire et qui est donc continuellement révisable. Pour Aristote, le jugement de cette sorte suppose une délibération et c’est également pour cette raison que Lipman a longuement insisté dans ses écrits pour dire que le dialogue en jeu dans un atelier de philosophie avec les enfants ne prend pas la forme du débat, mais celle de la délibération. Si la délibération n’exclut pas la confrontation des opinions, comme cela est le cas dans un débat, elle dirige moins l’attention sur cette confrontation que sur l’importance de comprendre ensemble ce qu’il y a à comprendre. Les participants d’une communauté de recherche visent à produire des jugements qui seront éclairés par une multiplicité de perspectives qui, au lieu de s’exclure mutuellement, peuvent, au contraire, faire l’objet d’une rencontre menant à une plus grande objectivité.

Il importe également de souligner l’influence de Wittgenstein. Dans les guides pédagogiques qui accompagnent les différentes histoires, il est fréquent de rencontrer des exercices où il s’agit de préciser les différents sens qu’un mot peut avoir selon les contextes. Le but ici n’est pas de déterminer la nature de telle ou telle chose, mais de cerner l’ensemble des significations que cette chose peut recevoir, selon les contextes. Cela n’est pas sans rappeler les jeux de langage du second Wittgenstein.

Il faudrait également parler de Maurice Merleau Ponty et l’importance accordée à la phénoménologie dans les écrits de Lipman (tant théoriques que ceux s’adressant aux enfants), de Jérome Bruner (toute discipline adéquatement redessinée dans sa présentation peut être enseignée aux enfants) de Justus Buchler (sa théorie du jugement, lequel se trouve autant dans le dire, le faire que l’agir) de Martin Buber (l’importance accordée au dialogue), de Georges Herbert Mead (la construction sociale du moi).

D’autres penseurs ont également influencé Lipman et sa collaboratrice Ann Margareth Sharp. Je m’arrête ci pour l’instant car je pense que les paragraphes qui précèdent suffisent pour montrer qu’en fait le programme de Lipman et Sharp est le fruit d’une multitude d’influences. Il serait donc inexact de dire qu’il est l’expression uniquement du pragmatisme en philosophie.

Extrait (légèrement remanié) tiré du livre: Lipman et Dewey

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