Comment encourager les enfants à penser par et pour eux-mêmes ?

La différence entre penser et penser par et pour soi-même n’est pas entièrement claire et les distinctions qu’on peut établir entre ces deux manières de penser feront sans doute encore l’objet de nombreuses recherches. Voici quelques suggestions permettant d’entrevoir ces différences (tirées de l’épisode 26 du roman Lisa de Matthew Lipman).

Penser, c’est essayer de comprendre ; penser par et pour soi-même, c’est tenter de comprendre ce qui s’applique particulièrement à nous. Penser, c’est tenter de comprendre tout ce qui découle de ce qu’une personne dit ; penser par et pour soi-même, c’est se représenter ce qui découle de nos pensées. Penser, c’est considérer ce qui est possible ; penser par et pour soi-même, c’est considérer ce qui est possible pour soi. Penser, c’est avoir des idées dans la tête ; penser par et pour soi-même consiste à rassembler ses idées et à en faire quelque chose. Penser consiste à comprendre pourquoi une personne pense d’une manière ou d’une autre ; penser par et pour soi-même revient à comprendre ses propres raisons de croire.

Si tel est le cas, comment l’animateur peut-il favoriser le développement du «penser par et pour soi-même» ?  En principe, il devrait partir de ce qui intéresse les enfants. C’est pourquoi, il serait approprié que l’animateur débute par les questions des élèves et qu’à l’occasion il pose les questions suivantes :

– Toi, Marie, étant donné ce que tu viens de dire, que penses-tu que cela implique ?

– Pourrais-tu nous dire René ce que cela change dans ta vie ?

– Étant donné la conclusion (provisoire) à laquelle nous arrivons, comment pourrions-nous la mettre en œuvre ?

Mais, plus important encore, pour que les élèves pensent par et pour eux-mêmes, il importe qu’ils prennent conscience de leur identité, qu’ils la construisent dans un climat de confiance et de respect mutuel.  Il importe, par exemple, qu’ils sachent identifier les valeurs qu’ils possèdent.  Dans ces conditions, l’animateur devra porter une attention particulière à la recherche de l’identité en misant sur les points suivants :

– L’importance de se connaître soi-même, d’être capable d’identifier ses valeurs, ses conceptions de la vie.

–  Comme l’écrivait récemment mon collègue et ami, Samuel Nepton: l’objectif premier de [la philosophie pour enfants] est d’amener les individus à penser par et pour eux-mêmes, c’est-à-dire de les aider à justifier leur propre pensée. Elle apprend aux enfants que le critère central d’un bon jugement, c’est leur propre vie. Est-ce que cette décision est cohérente avec ce que je suis ? Est-elle cohérente avec ce que je veux être ? Est-ce que cela s’applique à moi ? […] Si j’aime autant la philosophie pour enfants, en définitive, c’est parce qu’elle me permet de réaliser qui je suis.

– En philosophie pour les enfants, l’acte de penser par et pour soi-même ne sera jamais complet s’il exclut la possibilité de l’auto-critique. Car même s’il ne s’agit pas d’engager les enfants dans un débat (au sens étroit du terme où il s’agit parfois de convaincre les autres de ce qu’on ne croit pas soi-même), il demeure que la pratique de la philosophie pour les enfants ne se résume pas non plus à un simple partage d’opinions.  Celles-ci doivent être examinées attentivement, afin que la recherche avance et permette de dégager ce qui semble avoir encore plus de sens, quitte à se remettre en question.

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