La pensée créative et ses complices: l’expérience esthétique de la communauté de recherche en philosophie pour enfants

Il me fait, à nouveau, grand plaisir, de laisser la place à Natalie Fletcher pour le prochain billet portant cette fois sur la dimension créative de la communauté de recherche, notamment par le biais de la pièce de théâtre qui peut être mise en place au terme (mais pas seulement) de la lecture du roman Pixie écrit par M. Lipman.

Natalie est la directrice de Brila, un organisme de bienfaisance qui développe la pensée critique, la responsabilité sociale et l’auto-efficacité chez les jeunes par l’entremise de dialogues philosophiques et de projets créatifs sous forme de camps, clubs et ateliers. Elle enseigne la philosophie au CÉGEP John Abbott et a fait ses études doctorales interdisciplinaires en philosophie et en éducation à l’Université Concordia. Elle débutera son post-doctorat à l’Université Laval à compter de septembre 2017.

Pendant la session d’hiver 2017, elle était également en charge du cours Penser par nous-mêmes: parole et silence offert à l’Université Laval. Natalie a alors invité, comme à l’habitude, les étudiant-e-s à vivre l’expérience de la création d’une pièce de théâtre inspirée du roman utilisé dans ce cours.  Et comme à chaque session pendant laquelle est offert ce cours (session hiver), les étudiant-e-s ont grandement apprécié pouvoir vivre cette expérience esthétique qui contribue grandement à comprendre pourquoi la pratique de la philosophie en communauté de recherche dépasse largement le cadre purement critique qu’on attribue habituellement à ceux et celles qui font de la philosophie.

Au terme de cette expérience, Natalie a tenu à consigner le fruit cette expérience dans un petit texte très inspirant.  Pour lire ce texte, cliquer ici.

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Parodie d’une communauté de recherche philosophique!

En juillet dernier, le dernier cours du microprogramme en philosophie pour enfants offert conjointement par l’Université Laval et l’Institut de l’École internationale de Genève a conduit l’une de ses participantes, Anne-Laure Robine, à écrire, en quelque sorte, une parodie d’une communauté de recherche philosophique.  Quelle ne fut pas ma surprise de lire ce texte qui coïncidait justement avec mon anniversaire!  Merci Anne-Laure et tous ceux et celles qui ont participé, d’une manière ou d’une autre, à la création de ce magnifique petit texte.


« Diplômée d’une école de commerce (ESSEC), Anne-Laure est directrice adjointe d’une fédération d’associations françaises qui accompagnent l’insertion professionnelle de personnes par la création de leur propre entreprise. Passionnée de philosophie et de philosophie pour enfants, elle a suivi le microprogramme de philosophie pour enfants de l’Université Laval dispensé à Genève en 2016-2017, en partenariat avec l’Ecole internationale. »

  • Sarah: Dites, j’ai une question qui me brûle comme un feu dévorant, j’ai besoin de la partager avec vous : ça veut dire quoi « vieillir » ?
  • Cédric: Vieillir, c’est se rapprocher doucement de la fin de sa vie. Parce que, vois-tu, la vie, ce n’est pas une autoroute à double sens. Une fois dans la voiture, il n’y a pas de marche arrière, répond Cédric avec une pointe de malice.
  • Sarah: Mais, ça veut dire que chaque seconde qui passe nous rapproche de la fin alors !

Sarah était tout-à-coup prise d’un sursaut d’angoisse…

  • Cédric: Oui. C’est le principe…
  • Anne-Sophie : D’où l’importance de bien user de son temps. Si on pouvait revivre chaque seconde à l’infini, vivrait-on la même vie ?
  • Michel: Anne-Sophie, quelle habileté viens-tu de mobiliser, là ? Ne serait-ce pas une magnifique hypothèse ?
  • Anne-Sophie: …ou un doux rêve ?
  • Marylène : oh, oui, rêvons ! trêve de doux vieux, rêve de doux cieux !
  • Marjorie: plus prosaïquement, je voudrais développer l’hypothèse d’Anne-Sophie. Car depuis le début de cette CRP, on voit le temps qui passe comme un axe chronologique, mais j’aimerais l’envisager sous l’angle spatial. Si on prend cet axe, non pas comme un repère chronologique, mais comme un absolu qui s’auto-régénère à l’infini en tournant sur lui-même, alors le temps est un espace clos où tout peut se rejouer plusieurs fois. C’est une question d’immanence phénoménologique.*silence*
  • Michel: quelqu’un veut développer l’idée de Marjorie ?
  • *silence*
  • Michel : oui Marylène ?
  • Marylène: Depuis le début, je vous écoute, mais je crois que je n’arrive pas à bien cerner le sujet : le sujet de la CRP, si je sais lire au tableau, c’est « comment souhaiter un bon anniversaire à Michel ». Et tout de suite, on a embrayé sur la définition de vieillir. Mais qui a dit que le jour de ses 60 ans, on vieillit d’une année? Pourquoi ne pourrait-on pas dire qu’on grandit?
  • Maylis : Moi je suis d’accord avec Marylène. Et j’aimerais faire une distinction entre l’âge du corps et l’âge mental. Peut-être que le corps, lui, prend les marques du temps. Mais l’esprit, lui, il ne peut que grandir : plus on le nourrit, plus il grandit ! Ah non mais attendez…je m’autocorrige : si l’esprit grandit comme un être vivant, alors il peut aussi mourir…S’il y a vie, il y a mort non ? La mort ne serait-elle pas un présupposé de la vie ? ou peut-on vivre sans mourir ?
  • Muriel: personne n’a encore réussi je crois !

* sourires attendris*

  • Anne-Laure: Donc, si on reprend la définition de Maylis, quand on fête les 60 ans de Michel, on fête surtout un esprit qui a beaucoup grandi. Mais je m’interroge : est-ce que l’esprit peut atteindre la maturité, ou un âge adulte, comme le corps ?
  • Rosalina : Est-ce que c’est ce qu’on appellerait l’âge de raison ?
  • Christelle: J’espère qu’il n’y a pas d’âge pour être raisonnable ! S’il faut atteindre un certain âge avant de savoir utiliser sa raison, je me demande bien ce que nous faisons tous ici en cercle à essayer d’apprendre aux enfants à penser par et pour eux-mêmes.
  • Muriel : je partage…et j’ai envie de rajouter : parfois, être raisonnable, c’est se laisser vivre ; même si vivre implique une forme d’excès. Les folies sont les seules choses qu’on ne regrette jamais…
  • Marylène : vite, hâtons-nous d’être ivres, ivres de vivre, vive l’ivresse de vivre !
  • Sarah : D’ailleurs, je crois bien que le temps n’a rien à voir dans cette affaire… je vais prendre un exemple : parfois, quand je suis à la caisse d’un supermarché, j’attends 5 minutes, mais ça me paraît durer 2 heures ! Et quand je suis en classe avec mes élèves, je n’ai pas fini de donner la consigne que le cours est déjà terminé!
  • Charlotte : tu veux dire qu’il faudrait faire la distinction entre temps et durée ?
  • Sarah : oui, je crois.
  • Véronique : je partage cette distinction. Pensez au vin par exemple : il ne s’agit pas de le faire vieillir le plus longtemps possible. Chaque bouteille a sa courbe de temps. L’apogée d’une bouteille sera pour certaines à 30 ans, d’autres à 5. Comme le vin, chaque personne a son histoire, et elle peut nous bonifier. Je dis bien : « peut » !
  • Anne : pour la musique, cette distinction fonctionne aussi ! Le temps, il s’aborde de deux manières, par sa vitesse, le tempo, mais aussi par la durée variables des notes…D’ailleurs, vous savez comment on appelle la durée des notes ? La « valeur »…la musique a choisi son camp…Ah, que j’aime ce langage!
  • Nadège : d’ailleurs, le temps, ce n‘est qu’une convention finalement. Regardez, moi qui arrive tout droit du Mexique, lorsque je ferai mon voyage retour, je vais vivre deux fois la même journée ! Pourtant, est-ce que je vais vivre deux fois la même chose ? Non…
  • Cécile : hop hop hop là ! vos failles spatio-temporelles, elles me filent le vertige. Pour moi, les gens n’ont pas d’âge. Le cœur n’a pas d’âge. Qu’une personne ait 60 ou 10 ans, je m’en fiche. J’aime son cœur, pas ses rides.
  • Muriel : mais le cœur, je veux dire, pas le cœur organe, mais le cœur de l’âme, vous croyez que lui, il ne meurt pas ?
  • Anne-Sophie : non, je ne crois pas. Même après la mort, je pense que le cœur de chacun continue de vivre à travers les cœurs qui battent encore.
  • Muriel : Donc, d’une certaine façon, quand on aime, on devient immortel ?
  • Anne-Sophie : oui. Je ne sais pas si c’est la vérité. Mais c’est la mienne.
  • Muriel : mais même si tu te racontes des histoires, ce que tu vis est bien réel non ? donc si c’est vrai, pour toi, pour ton cœur, alors c’est vrai. Chaque histoire a une part de vérité…
  • Marylène : oh, il me vient une idée ! j’ai une proposition de syllogisme, attendez : la vérité du cœur ne raconte pas d’histoires. Or, le cœur a toujours raison…Donc ? donc… ah ! Qui peut m’aider?
  • Charlotte : Donc : la vérité a toujours raison !
  • Anne-Sophie : celle du cœur, oui.
  • Frédéric : alors, peu importe que l’on vive 1, 10 ou 60 ans, pourvu que l’on vive vrai.
  • Clara : Donc, si on résume, souhaiter un bon anniversaire à Michel, ce n’est pas lui souhaiter un multiple de 365 jours. C’est lui souhaiter d’être heureux, chaque seconde qui passe. D’être intensément heureux. Et pour ça, il faut beaucoup d’amour vrai : l’amour de la vie, de la philosophie, des amis, de la sagesse, l’amour sous toutes ses formes ; mais l’amour.
  • Emmanuelle : oui, mais je me permets de rajouter un point : aimez, mais ne le dites pas trop souvent non plus. Faites !
  • Frédéric : Les enfants, je suis au regret de vous interrompre dans nos intenses réflexions, mais l’heure tourne, et je sens que demain je serai obligé d’attendre certains retardataires sur le parking. Alors, Michel, avec tout notre cœur et toute notre intensité du moment, nous te souhaitons :
  • TOUS ENSEMBLE : UN BON ANNIVERSAIRE !

L’observation d’une communauté de recherche philosophique

serie

La série documentaire Des enfants philosophent (2004), composante essentielle du cours en ligne L’observation en philosophie pour les enfants, montre différents moments de trois groupes d’enfants du primaire engagés dans une réflexion philosophique. Qu’est-ce que l’imagination ? Peut-on aimer plus un objet qu’une personne ? Peut-on être curieux sans être indiscret ? Les races existent-elles ? Qu’est-ce que la violence ? Comment la prévenir ? Autant de questions, et bien d’autres encore, que des enfants âgés entre 6 et 12 ans abordent de manière critique et créative avec sérieux, attention, respect et collaboration.

À ces séquences tournées à l’école Tourterelle de Brossard (banlieue de Montréal, Canada), s’ajoutent des témoignages de certains élèves, ceux des enseignants et de parents, des séquences d’analyse des événements et des entrevues avec des experts. Ainsi, la série traite aussi des questions suivantes: Qu’est-ce que la philosophie pour les enfants? Comment peut-elle servir les objectifs sociaux, cognitifs et culturels de l’éducation? Quels sont les rôles de l’animateur ? Comment une telle pratique peut-elle contribuer à la prévention de la violence?

S’appuyant notamment sur les travaux de Matthew Lipman et Ann Margaret Sharp, ce documentaire de 13 émissions permet de comprendre le bien-fondé d’enraciner l’acte éducatif dans les questions que les enfants aiment se poser. Les enfants choisissent eux-mêmes les thèmes de discussion; les adultes animent l’échange et s’engagent comme eux, activement, dans la recherche de sens et de vérités. La plupart des sujets abordés ont la même probabilité d’apparition en classe qu’autour d’un feu de camp: tous ont un lien plus ou moins direct avec les questions que les jeunes se posent sur le sens de la vie ainsi que sur leur condition « d’êtres qui pensent » et qui en sont conscients.

Des enfants philosophent s’adresse aussi bien aux enseignants qu’aux adultes qui sont en contact avec des jeunes: parents, grands-parents, éducateurs spécialisés, psychologues, éducateurs en garderie, spécialistes de la santé, animateurs et moniteurs oeuvrant auprès des jeunes. Est-il un seul parent qui ne se demande souvent comment réagir aux questions des enfants et des adolescents? Comment maintenir le dialogue? Comment éduquer en évitant à la fois les réponses toutes faites, dont on sent bien qu’elles ne collent pas à la réalité des enfants, et les diverses formes de démission – réponses évasives, aveux d’ignorance – qui laisseront le jeune en panne de repères? Les 13 émissions de la série proposent des réponses à ces questions et des pistes de recherche à poursuivre.   Ce documentaire pourrait aussi inspirer tous ceux et celles qui désirent contribuer au développement d’une société démocratique en voulant mettre l’accent sur la qualité du jugement des citoyens qui la composent et la façonnent.

Des enfants philosophent permet, en somme, d’entrevoir comment il est possible de créer un monde commun. Dès l’enfance. Un monde habité par ceux et celles qui, vivant une expérience, peuvent comprendre ce qu’ils vivent, comprenant ce qu’ils vivent, peuvent partager ce qu’ils comprennent et partageant ce qu’ils comprennent, peuvent s’entendre sur ce qu’ils partagent. Un monde, dirait peut-être Matthew Lipman, «permettant de franchir l’abîme entre l’étonnement et la réflexion, entre la réflexion et le dialogue, entre le dialogue et l’expérience».

Voici la seconde émission de la série:

Émission # 2 : L’observation d’une communauté de recherche

L’importance d’une bonne observation pour comprendre et expliquer
La dimension sociale du processus
L’écoute et l’entraide
L’importance du questionnement
L’échange de forces
L’habileté à communiquer
L’habileté à raisonner
L’habileté à rechercher
L’habileté à conceptualiser
Des signes distinctifs de l’acte de philosopher en communauté de recherche
La pensée critique
La pensée créative

Principes d’élaboration d’un récit philosophique

Il me fait grand plaisir, cette fois, de laisser la place à Alexandre Herriger, formateur et intervenant spécialisé à la pratique de la philosophie avec les enfants.  Alexandre a participé à la création de l’association proPhilo en 1999. Aujourd’hui, il est le directeur d’Eduphilo fondé en 2007 qui œuvre pour l’introduction de la philosophie dans l’éducation, ainsi que le directeur de SEVE Formation Suisse.

Alexandre a écrit un texte très riche permettant d’entrevoir les principes qui sont à la base de l’écriture d’un texte narratif en philosophie pour enfants.  Je vous laisse le soin de le parcourir! Lire la suite

De l’importance du texte narratif en philosophie pour enfants

L’architecture de la classe n’est pas étrangère à ce qui s’y passe. Les classes les plus appropriées pour faire de la philosophie avec des enfants sont des lieux dans lesquels le mobilier est placé en cercle. Cette forme permet un meilleur partage de la voix et de croiser les regards de ses pairs, ce que les rangées de pupitres traditionnelles ne permettent pas.

Ce partage commence par la lecture d’un court récit philosophique écrit pour les enfants. En lisant une histoire, un récit, les enfants découvrent que celle-ci a un sens, est riche de signification. Qui plus est, elle colle à leur réalité, elle offre des idées sur la façon dont ils peuvent s’y prendre pour donner du sens à leur expérience, elle suggère des questions qui pourront devenir, à l’occasion, les questions des enfants de la classe.

C’est dire, du même coup, l’importance qu’il y a lieu d’accorder à la lecture d’une histoire, aussi courte soit-elle, en début de processus. Lire la suite

Quelques conduites à observer dans une communauté de recherche philosophique

Vous pouvez télécharger l’ensemble de ce billet en cliquant ICI. (PDF) Il contient des schémas qui ne sont pas présents dans le billet publié.  Il s’agit d’extraits et d’adaptations de GAGNON, Mathieu et SASSEVILLE, Michel. Penser ensemble à l’école ; des outils pour l’observation d’une communauté de recherches philosophique en action, 2e éd. PUL, 2012.

Les conduites (cognitives, sociales, émotives…) présentes dans une communauté de recherche philosophique (CRP) ne sont pas des entités qui se laissent aisément placer dans des catégories étanches, isolées les unes des autres. Elles ne se différencient pas aussi bien que le marteau et la scie : l’un permet de cogner des clous, l’autre sert à couper. Dans la vie de la pensée en CRP, les actes et les outils qui en permettent le déploiement sont plus nuancés. Néanmoins, chacun, à sa manière, contribue à la construction de la recherche, à l’acte plus global de penser ensemble avec l’intention de chercher ensemble. Lire la suite

La philosophie pour enfants : oser se dire avec nuances

Il y a bien des manières de se positionner au regard de la vérité.

En gros, les relativistes, estiment que tout ce qui se dit est vrai, car tout se vaut également. On les entendra dire: «Tu peux bien dire ce que tu veux, de toute manière ton opinion n’a pas plus de valeur que la mienne.»

D’autres, les sceptiques, estiment que tout ce qui se dit est faux, car l’incertitude ne peut garantir la vérité et tout est incertain. On les entendra dire: « Vaut mieux se taire, car tout est incertain et devant l’incertitude, le silence de mon jugement est ce qui doit prévaloir».

D’autres encore, les dogmatiques, estiment que seul ce qu’ils disent est vrai, car croient-ils, ils sont les seuls à connaître la vérité.  On les entendra dire: « Rien ne sert de discuter si tu penses le contraire de moi, car moi je sais!»

Enfin, certains, les «faillibilistes» (d’autres diraient les «relationnistes»), tout en étant incertains, estiment qu’il importe néanmoins d’oser se dire avec nuances, quitte à devoir modifier le propos si de nouveaux arguments et faits remettent en question ce qu’ils estimaient probable. On les entendra dire: «Je ne suis pas certain de ce que j’affirme, mais continuons à chercher ensemble…» Pour eux, l’important n’est pas d’avoir raison mais d’apprendre à dialoguer avec l’incertitude et continuer la lente reconstruction du monde dans lequel nous nous trouvons depuis les débuts. Lire la suite

Ce qu’on retient du cours L’observation en philosophie pour les enfants (PHI-1064)

C’est avec un immense plaisir que je dépose ici, sans aucune modification, le contenu du dernier Journal de bord (qui prend la forme d’un Document synthèse) produit par les 105 étudiant-e-s qui, inscrit-e-s au cours L’observation en philosophie pour les enfants (Faculté de philosophie, Université Laval) à la session d’automne 2016, ont accepté qu’il soit partagé sur ce site (105 sur 106 ont accepté que leur Document-synthèse soit partagé).

Il est à noter que ce document était déjà partagé entre eux-elles, puisque tout ce qui est écrit sur le site du cours est accessible à tous et toutes, à tout moment. Dans le dernier module du cours (qui en compte 14), ils et elles étaient invité-e-s à répondre aux deux questions suivantes:

1- Que retenez-vous de ce cours? Quels sont les éléments qui vous ont particulièrement marqués?  Pourquoi? (soumise à une évaluation)

2- Quelle est votre appréciation de ce cours (aucune évaluation):

– sous l’angle du contenu (philosophie pour les enfants);

– sous l’angle de sa forme (Observatoire Virtuel Collaboratif: la pédagogie utilisée dans ce cours en ligne)?

Provenant du Québec, de la France, de la Suisse, de la Belgique, du Maroc… je tiens à les remercier chaleureusement pour ces écrits qu’ils-elles ont accepté, avec enthousiasme, de partager!   À l’image des sessions antérieures, et comme vous pourrez le lire dans les pages qui suivent, il n’est pas étonnant que des centaines de personnes s’inscrivent à chaque année à ce cours.  Précédé de ses prix d’excellence, ce cours livre ce qui est attendu et espéré!  Et par-delà le résumé de ce qui est retenu tout au long de la session, vous pourrez aussi y lire une appréciation du cours par les étudiant-e-s. D’une manière ou d’une autre, on voit bien que ce cours donne des outils et l’envie de faire de la philosophie avec les enfants en éliminant à la racine le préjugé selon lequel la philosophie est réservée au monde des adultes. Il montre, 144 videos aidant (faut voir pour le croire, j’imagine), que c’est faisable, pas si simple qu’on ne le croit a priori, que ça ne se réduit pas à une banale conversation et que les enfants aiment beaucoup faire de la philosophie!

Présente dans près de 70 pays, la Philosophie pour enfants induit un profond changement dans le monde de l’éducation, un autre paradigme. D’aucuns y voient même une révolution copernicienne. Cela transpire dans bon nombre de journaux de bord. C’est que la transformation de la classe en communauté de recherche philosophique (CRP) va bien-au-delà de l’acte consistant à faire de la philosophie avec les enfants.  C’est l’ensemble de l’éducation dite traditionnelle qui est remise en question par cette activité.

J’imagine assez bien que vous ne prendrez pas le temps de tout lire (en format Word, le document compte 130 pages!).  Allez-y au hasard d’un coup de pouce ou de souris… Vous serez étonnamment surpris de la richesse que contiennent ces journaux de bord!   Chacun, à sa manière, dit l’essentiel de l’acte consistant à faire de la philosophie avec les enfants en utilisant cette discipline (redessinée dans son enseignement) comme un outil pour apprendre à penser par et pour soi-même, avec les autres, de manière critique, créative et attentive.  Beau programme!

En terminant, je tiens à remercier les tuteurs et tutrices de ce cours, Andrée-Anne, Camille, David-Anthony et Samuel qui n’ont jamais hésité à prendre tout le temps qu’il fallait pour accompagner les étudiant-e-s dans cette extraordinaire aventure consistant à découvrir la Philosophie pour enfants, outil qui aura 50 ans en 2018.

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La pratique de la philosophie à l’école: pensée critique, pensée créative et pensée attentive

Il n’est pas rare d’entendre dire que la formation de la pensée critique est intimement liée à la pratique de la philosophie (ce qui ne veut pas dire que c’est la seule discipline permettant le développement de la pensée critique).  Cette association me semble fondée.  En effet, on ne saurait faire de la philosophie sans fournir des raisons, sans évaluer la qualité de ces raisons, sans être sensible aux différences contextuelles, sans prendre le temps, compte tenu de la venue de nouveaux arguments, de revoir ses positions afin de les rendre meilleures, plus solides, plus ancrées dans ce qui nous semble raisonnable, juste, bon, etc.  Voilà, notamment, quelques traits d’une personne possédant une pensée critique.  Et, en ce sens, la pratique régulière de la philosophie à l’école (dès le primaire) est un excellent moyen pour qui vise la formation de la pensée critique.

Mais ce serait prendre la partie pour le tout en affirmant que la pratique de cette discipline, surtout lorsqu’elle est faite en communauté de recherche, se résume essentiellement à une formation de la pensée critique.  En effet, par-delà la pensée critique, c’est aussi la pensée créative, holistique, originale, exploratrice… qui est convoquée.  C’est l’envie de proposer des hypothèses innovantes qui se joue au moment de faire de la philosophie en communauté de recherche.  Et ce désir devient de plus en plus pressant au fur et à mesure que se développe une autre forme de pensée en communauté de recherche: la pensée attentive.

Matthew Lipman, père de la philosophie pour enfants, insistait à la fin de sa vie sur la nécessité aussi de voir dans son programme de Philosophie pour enfants un moyen de développer la pensée attentive (caring thinking), une pensée soucieuse du poids des mots, de l’importance du dialogue entre les émotions et la raison, une pensée empathique, préoccupée tout autant d’elle-même que de celle d’autrui, une pensée qui contribue à la création du climat de confiance qui règne dans une communauté de recherche, climat si important au moment de proposer une idée innovante qui pourrait, parce qu’innovante, être rejetée de la main avec fracas, sans prendre le temps de la considérer avec intérêt, si la pensée attentive n’était pas aussi de la partie.

Hannu Juuso, s’inspirant étroitement des propos de Lipman, a très bien résumé cette rencontre de ces trois modes de la pensée dans un schéma qu’il a construit en 2007:

HANNU JUUSO, Child, Philosophy and Education: Discussing the intellectual sources of Philosophy for Children, Academic dissertation, Faculty of Education of the University of Oulu, 2007, p. 71

Infographie et traduction: Caroline Mc Carthy

Une évaluation du cours Penser par nous-mêmes: valeurs et vérités (PHI-1062)

Félix Morissette

Il me fait grand plaisir, cette fois, de laisser la place à Félix Morissette, étudiant en psychologie à l’université de Montréal et au certificat en philosophie pour les enfants de l’Université Laval. Comme tous les autres étudiant-e-s du cours Penser par nous-mêmes: valeurs et vérités PHI-1062 (qui vient de se terminer car c’est un cours intensif de 45 heures sur deux fins de semaine), il a pris soin d’en évaluer la qualité et, par le biais d’un courriel qu’il m’a envoyé récemment, a tenu à me partager son évaluation.  Alors, avec sa permission, voici ce qu’il pense de ce cours en philosophie pour enfants.  Merci Félix pour ta générosité!  

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