Êve: enquête philosophique sur la sexualité et l’amour

Eve

Êve est une histoire philosophique qui s’adresse à des adolescents et à des adultes. Se présentant comme une sorte de journal intime écrit par une adolescente âgée de 15 ans, elle contient de nombreuses questions touchant la sexualité et l’amour.

Ce livre, inspiré des travaux de Matthew Lipman et d’Ann Margaret Sharp, initiateurs de la Philosophie pour les enfants, pourra servir à amorcer, soutenir et approfondir une discussion dans le cadre d’une communauté de recherche philosophique (CRP). Une CRP est un groupe de personnes engagées dans une exploration philosophique d’une ou de plusieurs idées (questions, problèmes, etc.) ayant le souci de toujours plus de rigueur, de créativité et d’autocritique. Êve enrichit une pédagogie de la philosophie qui se confond avec la philosophie elle-même, dans son acte essentiel: la réflexion. La CRP est une façon de procéder qui a fait ses preuves et qui continue de se développer sous différentes formes en s’adressant non plus seulement à des enfants, mais aussi à toute personne qui désire approfondir philosophiquement un sujet en compagnie d’autres personnes habitées du même désir. Dans un monde en quête de sens, qui ne trouve plus de réponses satisfaisantes aux portes habituelles, demeure l’idée que le questionnement de fond, le questionnement philosophique, est peut-être ce par quoi il faut commencer si on souhaite retrouver le sens qui s’absente. Si tel est le cas, Êve devrait pouvoir aider à poser les questions qui jettent les premières bases de l’édifice.

Le but de ce livre n’est donc pas de transmettre au lecteur une philosophie de la sexualité et de l’amour, mais de lui permettre d’apprendre à réfléchir philosophiquement, c’est-à-dire par et pour soi-même, dans une interpellation communautaire, sur ces réalités. Il arrive qu’en transmettant une philosophie, on apprenne à celui ou à celle qui la reçoit à penser par lui-même. Mais cela semble rare et paraît plutôt faire l’objet d’un heureux hasard relevant d’une improbable magie. Nous n’apprenons pas à penser par et pour nous-mêmes en écoutant un autre penser du haut de son estrade, car même s’il faut penser pour le suivre, c’est bien lui qui développe ses idées et notre écoute reste essentiellement passive. Penser par soi-même veut dire développer soi-même sa propre pensée et on ne peut l’apprendre qu’en le faisant et en le refaisant personnellement. Êve permet, avec une méthodologie appropriée, de l’apprendre en le faisant avec d’autres qui sont engagés dans la même activité.

Une enquête philosophique sur la sexualité et l’amour semble indispensable pour quiconque souhaite donner un sens enrichi à cette partie de l’expérience humaine: enrichi de la prise de conscience d’une dimension éthique, esthétique, métaphysique, logique et épistémologique que l’expérience de la sexualité et de l’amour contient nécessairement. Si la psychologie, la sociologie, la biologie, la psychanalyse, l’anthropologie, pour ne nommer que ces disciplines, ont beaucoup à dire concernant la sexualité et l’amour, elles n’ont pourtant pas la possibilité d’examiner les dimensions philosophiques de ces réalités. Êve vient combler une lacune dans le monde de l’éducation à la sexualité et à l’amour en fournissant des outils permettant d’engager une réflexion philosophique sur ces réalités.

Une enquête philosophique sur la sexualité et l’amour consiste, notamment, à analyser les critères de fond qui régissent ces expériences. Mais elle vise aussi à rendre ces expériences meilleures, plus en accord avec ce qu’elles sont et surtout avec ce qu’elles pourraient et devraient être. Ajoutons que ce que la sexualité et l’amour devraient être n’est pas donné d’avance. Il faut pouvoir y réfléchir ensemble et voir, chacun pour soi, mais avec les autres, ce qui semble être le mieux.

Ainsi, au lieu de s’en tenir à une description des pratiques sexuelles et amoureuses, la lecture d’Êve conduira à réfléchir aux critères permettant de préciser ce qu’elles devraient être. Le lecteur sera donc invité à réfléchir principalement sur la dimension éthique de la sexualité et de l’amour. Or les problématiques qui définissent l’éthique de la sexualité et de l’amour sont multiples et complexes. Que l’on pense au respect de la personne, au don de soi, au harcèlement, au viol, à l’avortement (pour ne prendre que ces exemples), voilà autant de sujets qui appellent une réflexion en quête de critères pouvant déterminer ce qu’il est convenable de faire ou non. Encore faut-il, pour chacune de ces thématiques, faire preuve d’une sensibilité au contexte qui définit partiellement chacun des cas à l’étude.

Mais une telle éthique ne peut se penser seule. En effet, elle doit être liée à une vision du monde, à une métaphysique en accord avec ce qu’elle propose. En d’autres termes, il apparaît impensable de réfléchir sur l’éthique de la sexualité et de l’amour sans que, du même coup, nous ne soyons conduits à préciser ce que nous entendons par «personne», «relation», «identité», pour ne nommer que ces sujets, dont le contenu ne peut être clarifié qu’en faisant appel à une réflexion d’ordre métaphysique.

En outre, une enquête philosophique sur la sexualité et l’amour ne saurait faire l’économie de considérations esthétiques. Par exemple, la question du beau n’est pas sans lien avec la dimension sexuelle et amoureuse de notre expérience. Elle fera donc l’objet d’un traitement particulier prenant aussi la forme de plans de discussion dans la seconde partie d’Êve.

Finalement, des questions d’ordre épistémologique et d’ordre logique feront aussi l’objet d’une attention particulière. En effet, nous ne saurions nous engager finement, profondément, dans une enquête philosophique sur la sexualité et l’amour sans que n’interviennent des réflexions critiques touchant la manière dont nous produisons des connaissances valables (épistémologie) et la façon dont nous organisons avec cohérence nos idées et nos pensées entre elles (logique).

C’est dire que la réflexion que propose Êve, guidée par le souci de mieux comprendre la sexualité et l’amour, pourra, à l’occasion, prendre des chemins qui paraîtront éloignés de ces réalités. Mais l’enquête philosophique offre justement cet avantage de «prendre du recul». Quand nous acceptons cette mise à distance, nous nous rendons compte assez rapidement de la complexité du problème que nous examinons, sans parler de la complexité de ceux ou celles qui l’examinent. En d’autres termes, la réflexion philosophique sur la sexualité et l’amour ne peut faire l’économie de cette mise à distance et, du coup, elle propose une compréhension qui va bien au-delà des problèmes particuliers que contiennent ces expériences.

Comme nous pouvons le constater, ce livre propose une enquête multidimensionnelle, comme l’est la philosophie dans son ensemble. Si nous ajoutons à cela la dimension politique, anthropologique, sociologique, psychologique et psychanalytique entourant ces réalités, nous aurons tôt fait de constater l’ampleur des questions et des problèmes qui nous attendent. Mais c’est aussi pour cela qu’ils présentent tant d’intérêt aux yeux de ceux et celles qui se penchent sur ces réalités depuis l’Antiquité.

 

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