Prévention de la radicalisation et Philosophie pour enfants

radicalLa radicalisation a plus d’un visage. Selon Wikipédia, «le mot radicalisation peut renvoyer à un ensemble de gestes qualifiés d’« extrêmes » ou qui découlent d’une interprétation plus littérale des principes d’un système, qu’il soit politique, religieux ou économique.» Certes, on entend beaucoup parler, par les temps qui courent, de ces personnes qui, au nom de plusieurs causes, se radicalisent et en viennent à poser des gestes extrêmes, comme ceux de novembre 2015 à Paris. Mais la radicalisation est beaucoup plus subtile que celle qui fait la manchette de nos journaux.

Pensons à tous ceux et celles qui, au nom d’une croyance particulière, d’une vérité indiscutable, ne veulent rien entendre de ceux et celles qui pensent autrement qu’elles. Cette absence d’écoute, cette absence du souci de l’autre, de vouloir entendre ce que l’autre, qui pense autrement que moi, a à dire, est aussi, à mes yeux, une forme de radicalisation.

Être radical, c’est notamment croire que mon point de vue est le seul qui a droit de cité.

Être radical, c’est penser que je ne peux absolument pas être dans l’erreur quand je dis ceci ou cela, quand je pense ceci ou cela…

Comment prévenir cette radicalisation ?

Abdennour Bidar, de passage à Montréal, a été interviewé par le journaliste Michel Auger, dans le cadre de son émission Midi Info, mardi le 14 septembre. Monsieur Bidar est très clair : la déradicalisation doit passer par l’éducation, par la prévention, par l’apprentissage du dialogue à l’école. La philosophie pour enfants est un pas dans cette direction. Un pas précieux, à mes yeux, car elle met en place un cadre de pacification qui permet à des gens qui semblent, à première vue, n’avoir rien en commun, de trouver un socle commun de recherche leur permettant de trouver ensemble une solution à un éventuel problème qu’ils pourraient avoir à résoudre. La pratique de la philosophie à l’école est un instrument de prévention de la radicalisation. Monsieur Bidar, présent lors d’un séminaire en philosophie pour enfants offert à Genève en juin dernier, a semblé persuadé de ma conviction. C’est d’ailleurs ce qu’il écrit, entre les lignes (et parfois directement), dans son livre Les tisserrants.

Voici le lien qui vous en mettra plein les oreilles.

 

 

Philosophie pour enfants et manière de vivre démocratique

Le 21 avril dernier, madame Stéphanie Gaudet, Ph.D, professeure agrégée à l’Université d’Ottawa et Directrice du Centre interdisciplinaire de recherche sur la citoyenneté et les minorités (CIRCEM) m’invitait à prononcer la conférence d’ouverture du colloque international: Éducation et démocratie : liens et lieux de la formation à la participation citoyenne.

Je la cite: «La santé de notre démocratie repose sur une participation constructive des individus à la vie démocratique. Les citoyens doivent être en mesure d’exercer « leur pensée critique, (d’avoir) la capacité à dépasser les intérêts locaux pour affronter les problèmes mondiaux en « citoyens du monde » et la capacité à imaginer avec empathie les difficultés d’autrui. » (Nussbaum, Martha, Les émotions démocratiques : Comment former le citoyen du XXIe siècle ?, Éditions Climats, 2011). Ces compétences s’apprennent, se transmettent ; elles doivent ainsi faire l’objet d’une formation qui a fait l’objet d’une réflexion éthique basée sur les savoirs savants comme sur les savoirs pratiques. Dans le cadre de ce colloque, nous ferons le point sur les approches d’éducation à la citoyenneté démocratique, en détaillant les compétences essentielles à la formation de citoyens complets. Nous cartographierons les espaces institutionnels et non-institutionnels où sont inculquées ces compétences et nous tenterons d’en discerner les forces et les faiblesses.

[…]  Le colloque [avait] pour but de répondre à trois grands blocs de questions :

1) Quelles sont les compétences et les connaissances que doivent avoir les citoyens pour participer à notre démocratie en profonde transformation? Quelles compétences et attitudes, émotions démocratiques devrions-nous développer chez les enfants et les jeunes pour qu’ils vivent pleinement leur citoyenneté démocratique? Quelles sont les pratiques de transmission?

2) Quelles sont les pratiques d’éducation citoyenne, les lieux institutionnels et non institutionnels où elles se déploient et les formules innovantes qu’elles emploient?

Quels sont les freins observés par les gens du milieu à la mise en œuvre de ces pratiques éducatives?

3) Quels sont les besoins en connaissance et en savoir-faire que l’on peut observer dans le milieu de la recherche et dans les milieux de pratique? Quels sont les outils et les pratiques d’évaluation d’une éducation qui se déroule sur un temps long? Que peut-on améliorer dans les pratiques de transmission.»

Voici la conférence que j’ai prononcée lors de ce colloque.

La pensée éveillée

La pensée éveillée

La pensée éveillée.. en vidéo.. en mouvement quoi!

«Nous cherchons tous le repos. Partout, dans ce que nous faisons, dans ce que nous disons, c’est le repos qui est désiré, le sommeil bienheureux dans une parole, dans un amour, dans un travail. C’est pour trouver le sommeil dans une vérité que nous commençons à apprendre. C’est pour goûter au sommeil de la chair – à son endormissement entre les bras de l’autre – que nous tombons amoureux. C’est pour jouir du sommeil minéral d’une fatigue que nous entreprenons mille et un travaux. Il y a une aimantation de la vie vers le sommeil. La vie en nous ne tend qu’à se reposer, qu’à se déprendre enfin d’elle-même dans un amour, dans un savoir, dans un emploi. Partout, dans toutes nos occupations, là même où nous nous croyons le plus éveillés, là même nous cédons à cette attirance d’un sommeil.

L’enfance là-dedans est l’exception. L’enfance est dans la vie comme une chambre éclairée dedans la maison noire. Les enfants n’aiment pas aller dormir, n’aiment pas ce congé chaque soir donné à la vie. Cette résistance au sommeil, c’est le visage de l’enfance et c’est la figure même de l’excès: poser des questions qu’aucune réponse ne viendra endormir.» La merveille et l’obscur – Christian Bobin

 

Que valorise-t-on en philosophie pour enfants?

« Au terme d’un cours portant sur la philosophie pour enfants, offert à Genève dans le cadre du microprogramme en philosophie pour enfants, j’ai demandé aux participant-e-s, de dresser la liste des éléments qui sont valorisés au moment de créer une communauté de recherche philosophique (alias: la pédagogie qui est en jeu en philosophie pour enfants).  J’ai posé les questions suivantes: Quelles sont les valeurs d’une communauté de recherche philosophique (CRP)?  Qu’est-ce qui est important dans une CRP?  Qu’est-ce qu’on poursuit lorsqu’on met en place une CRP? Voici un résumé (parfois sous forme de paraphrases, même si j’ai essayé d’être le plus fidèle aux propos recueillis) des réflexions qui ont émergées suite à ces questions. Lire la suite

Utilisation de la communauté de recherche philosophique pour l’enseignement des sciences au primaire

C’est avec grand plaisir que je laisse cette fois la place à 4 étudiants qui ont suivi, à la session d’hiver 2016, le cours Penser par nous-mêmes: parole et silence (PHI-1063). Provenant du monde des sciences – la physique -, Sékou-Oumar Kaba, Émily Cloutier, Guillaume Allain et Antoine Blanchette (de gauche à droite sur la photo) ont réalisé un travail digne d’être partagé à grande échelle.  Ils ont tenté avec succès de voir comment il est possible d’adapter la communauté de recherche philosophique lorsqu’il s’agit d’enseigner les sciences à l’école primaire. Comme vous pourrez le constater, leur réflexion et leur expérimentation en dit long sur les possibilités d’une telle adaptation et, surtout, montre que l’enseignement des sciences au primaire peut (j’ose dire devrait) aussi permettre le développement d’une pensée articulée qui, loin de se résumer à la mémorisation de résultats, accorde une grande importance aux processus ayant conduit à ces résultats.

Sékou-Oumar, Émily, Antoine et Guillaume, je vous remercie d’avoir accepté notre invitation à publier votre travail sur ce site! Lire la suite

Journal de bord d’un stagiaire en philosophie pour enfants

C’est avec grand plaisir que je laisse la place à Antoine Touchette, étudiant en philosophie pour enfants, qui vient de terminer un stage dans le domaine.  Voici son rapport de stage – un journal de bord – racontant l’essentiel des 13 rencontres avec des enfants de 6e année qui, grâce à sa présence, ont pu goûter à la pratique de la philosophie en communauté de recherche.  Son journal de bord en dit long sur le plaisir, mais aussi les difficultés, à vivre une telle expérience avec les enfants. Lire la suite

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