Des renversements en philo pour enfants: quand 6 images valent 6000 mots

La venue de la philosophie pour enfants dans le monde de l’éducation entraine de nombreux renversements.  En voici 6, sous forme de schémas qui, je pense, en disent plus long que de longs discours. D’autres viendront compléter la liste…

p.s. tous ces schémas sont inspirés de ceux élaborés par le linguiste français Gustave Guillaume (en ce qui le concerne, pour expliquer le langage).

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La philo pour enfants ou comment la pensée fait le langage en se faisant par le langage

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C’est l’histoire de l’oeuf et de la poule.  Comment savoir ce qui vient en premier, tant l’un a besoin de l’autre pour être.  Et bien il en est de même en philosophie pour enfants.  Pour former la pensée critique (tout autant que créatrice et attentive), il importe que le langage intervienne, mais ce dernier intervient parce que la pensée est en action.  On se croit devant une sorte de paradoxe et pourtant ce n’est pas tout à fait le cas car même si on pourrait croire, à première vue, que la pensée est première au regard du langage, c’est en fait ce dernier qui permet la structuration de la pensée.  En effet, c’est parce que nous discutons ensemble dans une communauté de recherche que, peu à peu, la pensée  des enfants se structure, s’organise.  Ils en viennent ainsi à apprendre le langage de la recherche et deviennent, du même coup, de plus en plus habiles à être critiques, créatifs et attentifs.  Voilà, c’est dit!

La philo pour enfants ou l’art de construire le pouvoir de concevoir

 

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En philosophie pour enfants, la répétition de l’acte de philosopher permet aux enfants de se construire une langue: celle de la recherche philosophique. Cette langue est, en quelque sorte, une somme d’actes de représentation, mais qui n’ont rien à voir avec l’idée traditionnelle, spéculaire (dirait Rorty) d’une reproduction fidèle de notre expérience. Rien dans cette langue, faite notamment des outils de la pensée, ne ressemble à un miroir où le monde viendrait passivement se peindre avec les traits que nos divers moyens de perception lui prêtent.  Ce n’est pas une langue qui contient un ensemble de représentations fondées sur la percevabilité des choses.  Ce qu’au contraire on trouve dans cette langue, c’est, toute perception transcendée, une vision mentale de plus en plus inconsciente des choses où il n’est retenu d’elles que les éléments de leur concevabilité.

C’est pour cette raison que la pratique répétée de la philosophie avec les enfants leur donne l’occasion de se construire un réservoir de lucidité qui les conduira à devenir de plus en plus nuancés dans leur jugement.  La pratique de la philosophie avec les enfants ne leur apporte pas un savoir (s’il tel est le cas, c’est qu’ils l’auront construit entre eux et il sera toujours possible de le remettre en question), mais un pouvoir de concevoir leur expérience avec le souci de l’auto-correction.  C’est déjà beaucoup, quand on songe que, par ce pouvoir, c’est également leur capacité d’entendement qui s’en trouve enrichi.

La philo pour enfants ou l’art de développer une double mémoire

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Quand on entre dans une classe, un lieu où des enfants pratiquent la philosophie, il se peut qu’on s’étonne d’abord de la profondeur, voire de la candeur de leurs propos.  On se dira peut-être, comme tant d’étudiant.e.s du cours en ligne le remarquent dès le premier module du cours: « Je m’étonne de la profondeur de ce qui est dit par les enfants. Je ne croyais pas qu’ils étaient capables d’une pensée si abstraite. » Et il ne fait aucun doute qu’au sortir d’une session de travail en philosophie avec les enfants, plusieurs d’entre eux se souviendront vivement de ce qui s’est dit lors du dialogue. Mais, avec le temps, il y a aussi fort à parier que ces propos s’oublieront au profit d’autres propos qui sembleront encore plus riches de sens et de vérités. Il s’agit là d’une mémoire empirique qui, répondant à l’adage bien connu, est une faculté qui oublie.

Au même moment se développe une seconde mémoire, dont l’objet n’est pas ce qui se dit, mais les outils et les mouvements de la pensée ayant servi à exprimer cette dernière.  Mémoire analytique, elle s’incruste en chacun des participants, fois après fois, comme lorsqu’on apprend une langue. Car ce qu’on retient alors, au premier chef, quand on apprend une langue (maternelle ou seconde), ce ne sont pas les phrases dites en cours de discours (bien que cela puisse arriver), mais les instruments, les structures nous ayant permis de dire et de comprendre ce qui se dit (la langue comme puissance de dire).

A la différence de la mémoire empirique (le discours), la mémoire analytique (la langue) si elle est régulièrement pratiquée, répond plutôt à l’adage: la mémoire est une faculté qui se souvient. Grâce à la pratique répétée et soutenue, cette mémoire se souvient de mieux en mieux (et de plus en plus inconsciemment), non pas de ce qui se dit, mais des instruments ayant servi à dire ce que nous pensons et exprimons.  Ces instruments sont la grammaire de la langue qu’est l’acte de philosopher en communauté de recherche. Plus un.e animateur.trice se concentrera sur cette seconde mémoire, plus cette personne offrira aux enfants la possibilité d’apprendre à parler, à dire philosophiquement. Plus cette personne sera alors en train d’aider les enfants à peaufiner leur langue maternelle de recherche, une langue qui s’enracine dans le doute, l’étonnement et surtout les structures cognitives et sociales qui permettent à tous et chacun de dire avec nuances ce qu’ils ou elles pensent. 

À bien y penser, philosopher est un acte complexe et riche d’un passé qui prépare au présent de l’acte le futur à venir.

La philo pour enfants ou l’art de nourrir l’étonnement

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Il faut remonter à Aristote, semble-t-il, pour saisir que la philosophie commence dans l’étonnement. Mais qu’est-ce que l’étonnement?  Elle est, à mes yeux, cet acte qui consiste à se dire: tiens, je croyais que les choses étaient ainsi et me voilà en train de remettre en question cette certitude! Dès lors, on comprend que la philosophie commence en fait dans le doute. C’est en raison du doute que nous avons, parfois subitement, sur ce que nous pensions juste et vrai que l’étonnement arrive et qu’elle nous propulse vers un questionnement qui nous permet de progresser.

Ainsi, du doute, on passe à l’étonnement et de l’étonnement on passe au questionnement, lequel, s’il est bien nourri, nous conduira vers le problème que cache ce questionnement.  Car, si une question en cache une autre, il y a fort à parier que la question n’est que la pointe d’un iceberg que serait le problème qu’elle «cache». Et qui dit problème dit envie de penser. Et qui dit envie de penser dit possibilité d’apprendre à le faire de manière organisée, de manière critique, créative et attentive. C’est cela, notamment, qui est en jeu en philosophie pour enfants. Les enfants sont invités à s’engager dans un processus de recherche qui repose sur le doute, lequel entraine l’étonnement, la reconnaissance de la faillibilité de notre condition humaine, le souci d’auto-correction et le désir de donner du sens à ce qui, parfois, tout à coup, nous semble vide de sens, étonnant, questionnant!

En figure très simplifiée:

doute –> étonnement –> question –> problème —> recherche –> réponse(s) –> quiétude –> doute –>…

La philosophie pour enfants: un langage à apprendre… suite

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Ce court billet est une suite au billet du mois de mars dernier.

La philosophie, comme toute discipline, est un langage. Comment apprend-on sa langue ? Comme toutes les autres : en la parlant. Peu à peu, elle deviendra de plus en plus intériorisée et permettra alors des emplois particuliers de plus en plus nuancés, remplis de sens.

Ce qu’on apprend quand on apprend une langue, ce ne sont pas les phrases prononcées, mais les structures grammaticales qui en permettent l’existence. Ce sont ces structures grammaticales ( dans le cas de la philosophie, notamment, les habiletés de penser que sont le raisonnement, la recherche, l’organisation de l’information et l’interprétation) qui se construisent peu à peu et de manière de plus en plus inconsciente dans la pensée de ceux et celles qui pratiquent cet art.  Plus ces structures sont intériorisées, plus les emplois particuliers en discours ont du sens!  Plus les questions deviennent riches, plus le mystère de la vie s’enrichit! Plus ce qu’on y entend se comprend.

Apprendre le langage qu’est la philosophie, c’est passer du plan empirique (celui du discours, de ce qui se dit) au plan puissantiel (terme employé par le linguiste Gustave Guillaume qui renvoie à la langue).  Plus précisément, il y a un passage analytique, potentialisant, des conséquences entendues dans le discours aux conditions comprises – comme comprenant les conséquences, c’est-à-dire un passage du plan empirique au plan puissanciel. Ce serait cela qui se passe quand un enfant apprend à faire de la philosophie en communauté de recherche. Il ne s’agit donc pas d’apprendre des philosophies par coeur, ni, en tant que pédagogue se concentrer sur ce que les enfants disent, mais de leur permettre de faire le passage analytique, potentialisant, des conséquences entendues aux conditions comprises – comme comprenant les conséquences (pour l’animateur, se concentrer sur les habiletés de penser et les rapports sociaux entre les enfants).  Il s’agit de la mémoire virtuelle, et non d’une mémoire empirique.  La mémoire virtuelle ne remplace pas la mémoire empirique, mais s’ajoute à elle.

Présentation sommaire de quelques conduites à observer dans une communauté de recherche philosophique

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Les conduites (cognitives, sociales, émotives…) présentes dans une communauté de recherche philosophique (CRP) ne sont pas des entités qui se laissent aisément placer dans des catégories étanches, isolées les unes des autres. Elles ne se différencient pas aussi bien que le marteau et la scie : l’un permet de cogner des clous, l’autre sert à couper. Dans la vie de la pensée en CRP, les actes et les outils qui en permettent le déploiement sont plus nuancés. Néanmoins, chacun, à sa manière, contribue à la construction de la recherche, à l’acte plus global de penser ensemble avec l’intention de chercher ensemble.

 

La vie de la pensée dans une CRP est un vaste réseau de relations entre différentes conduites. Savoir les reconnaître, inviter les participants, au moment d’animer, à les mettre en pratique font partie de l’aventure consistant à créer et animer une communauté de recherche philosophique.

Pour plus de détails concernant quelques conduites à observer dans une CRP, voici un aperçu de celles examinées dans le cours Penser par nous-mêmes: raison et émotion (PHI-1061), (voir le document suivant): http://www.ovc.ulaval.ca/ms/cours/ppe/elements_observation_re.pdf

Préservation du sens et de la vérité: deux piliers en philosophie pour enfants

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Matthew Lipman aimait à dire que son programme de philosophie pour enfants met l’accent sur le développement de 4 habiletés de penser génériques: raisonner, rechercher, organiser l’information et interpréter.  Mais il ajoutait que ces quatre habiletés reposent in fine sur deux habiletés fondamentales: celle d’inférer et de traduire. Voyons d’un peu plus près. Lire la suite

Un moment dans la vie d’une enseignante qui pratique la philosophie avec les enfants

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Il me fait grand plaisir de laisser la place à Victoria Moisan pour le prochain billet. Comme elle le dit d’elle-même: «Je suis finissante en enseignement préscolaire et primaire de l’Université Laval. Depuis le début de mon BAC, je cherchais une façon particulière d’entrer davantage en relation avec les élèves. Je voulais également leur permettre de réfléchir, de se développer pleinement et de les faire aimer l’école. Les communautés de recherche philosophique m’ont permis d’atteindre ces objectifs. Je crois réellement à cette démarche et c’est pourquoi je poursuis ma formation dans le microprogramme en philosophie pour enfants et avec SEVE Formation Canada.  Voici une petite tranche de vie d’enseignante qui me motive à faire mon métier: Lire la suite

XIVe Rencontre internationale d’animateurs de communautés de recherche philosophique

À nouveau, cette année, en juillet, un autre symposium sur la communauté de recherche philosophique qui aura pour thème cette fois la quête de sens.  Il sera précédé d’une semaine portant sur la communauté de recherche philosophique et la méditation pleine conscience.  Pour plus de renseignements, voir les affiches suivantes ou écrire à Michel Desmedt: michel.desmedt@skynet.be

 

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