La philo pour enfants: un outil pour contrer l’endoctrinement

L’endoctrinement est un mot qui a plusieurs sens. Selon le Centre national de ressources textuelles et lexicales, ce mot 1- a d’abord un sens (rare) de «enseigner, rendre savant, expert»; 2- puis, «souvent avec une nuance péjorative: chercher à régir le jugement et le comportement d’autrui en proposant ou imposant des modèles de pensée, des règles de conduite; (s’efforcer de) faire partager ses conceptions dans tel domaine, (de) faire adopter telle doctrine, tels principes…»;  3- finalement, dans un sens étendu: «donner des informations, des explications, des instructions, faire des recommandations à quelqu’un pour l’amener à penser, à agir de telle façon dans un domaine quelconque.»  

Et on pourrait encore ajouter plusieurs autres sens. Avec la dimension péjorative qu’on lui accorde souvent, ce mot nous renvoie au fait qu’une ou des personnes sont prises au piège de la pensée d’une autre personne et qu’elles ne peuvent plus penser par et pour elles-mêmes. Et c’est exactement le contraire de ce qui se passe au moment de faire de la philosophie avec les enfants. Pourquoi?

Parce qu’en philosophie pour les enfants, il en s’agit pas d’enseigner la philosophie, mais d’inviter les enfants à la pratiquer, à s’aventurer dans le mouvement de la pensée.  Il n’est pas question non plus d’imposer des modèles de pensée, des règles de conduites à adopter sans discussion. Si les histoires utilisées avec les enfants proposent des modèles, des exemples, ces derniers sont là pour être des moteurs de questionnement, pour être questionnés à leur tour dans leur manière d’être et de faire.  Il ne s’agit pas non plus d’amener les enfants à penser telle ou telle chose, à agir de telle ou telle manière selon des principes moraux dictés par je ne sais quel philosophe.

La pratique de la philosophie avec les enfants leur donne l’occasion de penser par et pour eux-mêmes en leur fournissant les outils nécessaires pour y arriver.  Parmi ces outils se trouvent les concepts travaillés en philosophie depuis 2500 ans, semés ici et là dans les différents romans et mis en opération dans les plans de discussion et exercices que contiennent les guides pédagogiques. Il est faux de penser que la philosophie pour enfants n’a pas de contenu!  Loin de là!  Toutefois, ce contenu n’est pas une matière à transmettre aux enfants, mais un terreau sur lequel s’appuyer et dont ils peuvent se servir pour chercher ensemble à donner du sens à leur expérience. Et puis il y a tous les outils de la pensée (raisonner, définir, organiser l’information, rechercher, etc.) qui viennent s’ajouter à ce contenu afin que les enfants puissent de mieux en mieux penser avec lucidité, par et pour eux-mêmes.  Ce faisant, ils peuvent se prémunir contre ceux qui voudraient les endoctriner et deviennent eux-mêmes, en quelque sorte, allergiques à cette manière de faire, d’être.  C’est bon signe pour le vivre-ensemble qui nous attend…

Une réponse

  1. La philo pour enfants, un outil pour contrer l’endoctrinement ? Peut-on vraiment « résister » à l’endoctrinement ? Il faut ici, je crois, nuancer. Si le terme endoctrinement dans sa forme anglaise indoctrination est en grande partie péjoratif (il marque l’exclusion et l’absence de réflexion), on lui conserve toutefois en français une certaine neutralité. Ne sommes-nous pas tous endoctrinés ? Ne vivons-nous pas tous sous l’influence de doctrines familiales, sociales, politiques, culturelles, religieuses ou autres ? Ces doctrines sont autant de modèles de pensée, de règles, de systèmes et de repères que l’on tient pour « vrais », sans quoi nous vivrions pour le moment dans l’anarchie. La philo pour enfants n’est-elle pas plutôt un outil permettant aux jeunes (et aux moins jeunes) de reconnaître la véracité et la pertinence des doctrines actuelles, d’explorer par la réflexion leur caractère plus ou moins toxique – ou pas toxique du tout ? On ne peut à l’heure actuelle imaginer, par exemple, la vie citadine sans feux de circulation, mais peut-être en ira-t-il autrement un jour ? Il m’apparaît que la philo pour enfants a pour rôle d’aider les jeunes à se questionner sur ce qui régit leur vécu et leurs relations, afin qu’ils acquièrent la maîtrise de soi dans un contexte social. J’aime à croire que la philo pour enfants est un bel outil de discernement à la fois sûr et efficace qui leur permet de s’élever en conscience pour que, par la réflexion et par l’intuition, ils puissent faire des choix sensés, des choix garants de nouvelles sociétés libres de l’idée même de violence. Utopique ? Je ne crois pas, mais il faudra du temps… et beaucoup de CRP.

    Liza Beaulieu, trad. a. M.A. en traductologie, M.A.S. en études œcuméniques Inspectrice-conseil (OTTIAQ) et coresponsable (CICRQ) English – Français – Español Tél. : +1 418 609-2957 Courriel : liza.beaulieu@icloud.com

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