La philosophie pour enfants et les sophismes

Les sophismes sont généralement considérés comme des arguments fallacieux, des erreurs de raisonnement, voire comme des «entraves au dialogue» (selon les mots du Ministère de l’éducation du Québec). Ce qu’il y a de particulier avec les sophismes cependant, c’est que la plupart du temps ils ne mettent pas clairement en évidence les erreurs de raisonnement sur lesquels ils s’articulent, si bien qu’ils peuvent sembler valides et avoir force de persuasion. Dit autrement, les sophismes sont généralement associés à la rhétorique, c’est-à-dire à l’art de mener des beaux discours, lesquels ont par contre une plus grande valeur esthétique que logique… Il peut donc sembler étonnant de voir apparaître cet élément parmi la liste des habiletés de pensée associées à l’acte de raisonner, et à plus forte raison à l’intérieur d’un projet s’inscrivant dans le cadre de la pratique de la philosophie en communauté de recherche, une communauté qui s’appuie, notamment, sur des exigences de cohérence et de rigueur. Rien à voir donc, ou presque, avec la rhétorique ou la persuasion, du moins pas en tant que visées. En ce sens, la démarche proposée par la Philosophie pour enfants s’inscrit davantage à l’intérieur d’une perspective dialectique, ou plutôt dialogique, c’est-à-dire une perspective dans et par laquelle chacun est invité à porter une attention particulière à la rigueur des raisonnements proposés, à «suivre l’argument là où il mène» et à faire preuve, lorsque nécessaire, d’autocritique et d’autocorrection. Bref, en communauté de recherche philosophique (CRP), nous cherchons à éviter les sophismes… mais pour cela, encore faut-il pourvoir les reconnaître…

Dès lors, afin d’avoir en main les outils permettant d’assurer une certaine rigueur dans les démarches réflexives qui se développent en CRP, il peut être précieux d’avoir une idée plus précise de certains sophismes, et ce, afin d’être en mesure de les identifier, de les questionner et de les éviter. En réalité, nous pouvons identifier une cinquantaine de types de sophismes, dont certains se déclinent en plusieurs modes. Seulement, puisqu’il ne s’agit pas d’un traité de logique, nous concentrerons notre attention sur ceux qui, selon nos analyses, sont apparus plus régulièrement à l’intérieur des dialogues en CRP, ou qui nous ont semblé plus facilement repérables .

Sophismes Définitions Exemples
Appel à la tradition ou à la popularité Consiste à justifier une idée en faisant référence au fait que plusieurs personnes pensent ou agissent ainsi, ou encore qu’historiquement nous avons toujours pensé ou agi ainsi. «Est-ce que tout le monde est d’accord avec moi? Oui! Je dois donc avoir raison.»

 

«Tous sont d’avis que la générosité est une bonne chose; nous devrions donc être généreux en toute circonstance.»

Faux dilemme Consiste à présenter un choix entre deux possibles, comme s’il n’était pas possible d’imaginer d’autres alternatives. Généralement, les choix sont présentés de manière telle que l’un d’entre eux apparaît d’emblée comme plus souhaitable que l’autre. «Soit vous pouvez vivre riches et heureux, soit vous pouvez vivre pauvres et malheureux; cela dépend de vous! Que déciderez-vous?»
Appel au stéréotype ou au préjugé Consiste, dans les deux cas, à fonder un jugement sur la base d’une généralisation abusive conduisant à des idées préconçues et négligeant les cas particuliers. Seulement, alors que les préjugés peuvent porter sur une personne en particulier et conduire tant à des jugements favorables que défavorables, les stéréotypes quant à eux sont dirigés vers des groupes de personnes et conduisent généralement à des jugements défavorables. «C’est normal que Laura et Magalie se chicanent sans cesse, ce sont des filles.»

 

«Alexis est sans doute un bon ami pour toi, puisque son père est juge.»

Pente fatale Consiste à énumérer une série de relations causales conduisant à une situation alarmante, sans que ces relations ne soient liées de manière nécessaire. «Hier tu as pris de la bière! Et demain, qu’est-ce que ce sera? Du rhum? Puis demain? Des drogues douces, et ensuite des drogues dures? Souhaites-tu réellement devenir toxicomane?»
Attaque contre la personne (ad hominem) Consiste à refuser tout argument sous prétexte qu’il provient d’une personne en particulier. Vise la personne, sa crédibilité, plutôt que son argumentation. «Tu as déjà menti à Sophie, il n’y a donc aucune raison pour que nous te croyions.»
  Généralisation abusive    Consiste à tirer une règle générale sur la base de quelques cas particuliers, généralement insuffisants pour fonder une telle généralisation. «Léonard de Vinci était gaucher; Salvador Dali était gaucher! Je pense donc que les gauchers ont un talent naturel pour le dessin ou la peinture; peut-être même pour l’art en général.»
   Double faute    Consiste à justifier une conduite sur la base du fait que d’autres font sans doute pire que nous. «Je peux bien manger des biscuits une fois par jour, Marie en mange après tous ses repas.»
   Argument d’autorité Consiste à justifier une idée, de manière abusive, sur la base du fait que certaines autorités (spécialistes, experts, scientifiques, médias, etc.) pensent ou disent la même chose. «Ce doit être vrai, je l’ai lu dans un livre!»

Tiré de Penser ensemble à l’école: Des outils pour l’observation d’une communauté de recherche philosophique en action.

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