Prévention de la radicalisation et Philosophie pour enfants

radicalLa radicalisation a plus d’un visage. Pour certains, elle renvoie à un ensemble de gestes ou d’actes considérés « extrêmes » et qui découlent parfois d’une compréhension plus littérale des fondements d’un système, qu’il soit politique, religieux, économique, voire philosophique. Certes, on entend beaucoup parler, par les temps qui courent, de ces personnes qui, au nom de plusieurs causes, se radicalisent et en viennent à poser des gestes extrêmes, comme ceux de novembre 2015 à Paris, ou ceux d’hier (14 mars 2019) en Nouvelle-Zélande. Mais la radicalisation, comme nous l’évoquions plus haut, a plus d’un visage et peut être, à mon avis, plus subtile que celle qui fait la manchette de nos journaux. En fait, ses racines sont multiples.

Pensons à tous ceux et celles qui, au nom d’une croyance particulière, d’une vérité indiscutable, ne veulent rien entendre de ceux et celles qui pensent autrement qu’elles. Cette absence d’écoute, cette absence du souci de l’autre, de vouloir entendre ce que l’autre, qui pense autrement que moi, a à dire, est aussi, à mes yeux, une forme de radicalisation.  Écouter ou ne pas écouter, c’est déjà faire quelque chose.

Être radical, c’est notamment croire que mon point de vue est le seul qui a droit de cité.

Être radical, c’est penser que je ne peux absolument pas être dans l’erreur quand je dis ceci ou cela, quand je pense ceci ou cela…

Comment prévenir cette radicalisation ?

Abdennour Bidar, de passage à Montréal, a été interviewé par le journaliste Michel Auger, dans le cadre de son émission Midi Info, mardi le 14 septembre 2016. Monsieur Bidar est très clair : la déradicalisation doit passer par l’éducation, par la prévention, par l’apprentissage du dialogue à l’école. À mes yeux, la philosophie pour enfants est un pas dans cette direction. Un pas précieux, car elle met en place un cadre de pacification qui permet à des gens qui semblent, à première vue, n’avoir rien en commun, de trouver un socle commun de recherche leur permettant de trouver ensemble une solution à un éventuel problème qu’ils pourraient avoir à résoudre. La pratique de la philosophie à l’école est un instrument de prévention de la radicalisation. Monsieur Bidar, présent lors d’un séminaire en philosophie pour enfants offert à Genève en juin dernier, a semblé persuadé de ma conviction. C’est d’ailleurs ce qu’il écrit, entre les lignes (et parfois directement), dans son livre Les tisserrands (Les Tisserands, « Pour une Ecole tisserande », Editions Les liens qui libèrent, mai 2018

Voici le lien qui vous en mettra plein les oreilles.

 

Philosophie pour enfants et manière de vivre démocratique

Le 21 avril dernier, madame Stéphanie Gaudet, Ph.D, professeure agrégée à l’Université d’Ottawa et Directrice du Centre interdisciplinaire de recherche sur la citoyenneté et les minorités (CIRCEM) m’invitait à prononcer la conférence d’ouverture du colloque international: Éducation et démocratie : liens et lieux de la formation à la participation citoyenne.

Je la cite: «La santé de notre démocratie repose sur une participation constructive des individus à la vie démocratique. Les citoyens doivent être en mesure d’exercer « leur pensée critique, (d’avoir) la capacité à dépasser les intérêts locaux pour affronter les problèmes mondiaux en « citoyens du monde » et la capacité à imaginer avec empathie les difficultés d’autrui. » (Nussbaum, Martha, Les émotions démocratiques : Comment former le citoyen du XXIe siècle ?, Éditions Climats, 2011). Ces compétences s’apprennent, se transmettent ; elles doivent ainsi faire l’objet d’une formation qui a fait l’objet d’une réflexion éthique basée sur les savoirs savants comme sur les savoirs pratiques. Dans le cadre de ce colloque, nous ferons le point sur les approches d’éducation à la citoyenneté démocratique, en détaillant les compétences essentielles à la formation de citoyens complets. Nous cartographierons les espaces institutionnels et non-institutionnels où sont inculquées ces compétences et nous tenterons d’en discerner les forces et les faiblesses.

[…]  Le colloque [avait] pour but de répondre à trois grands blocs de questions :

1) Quelles sont les compétences et les connaissances que doivent avoir les citoyens pour participer à notre démocratie en profonde transformation? Quelles compétences et attitudes, émotions démocratiques devrions-nous développer chez les enfants et les jeunes pour qu’ils vivent pleinement leur citoyenneté démocratique? Quelles sont les pratiques de transmission?

2) Quelles sont les pratiques d’éducation citoyenne, les lieux institutionnels et non institutionnels où elles se déploient et les formules innovantes qu’elles emploient?

Quels sont les freins observés par les gens du milieu à la mise en œuvre de ces pratiques éducatives?

3) Quels sont les besoins en connaissance et en savoir-faire que l’on peut observer dans le milieu de la recherche et dans les milieux de pratique? Quels sont les outils et les pratiques d’évaluation d’une éducation qui se déroule sur un temps long? Que peut-on améliorer dans les pratiques de transmission.»

Voici la conférence que j’ai prononcée lors de ce colloque.

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