Philosophes et enfants

Quelques citations prises ici et là qui suggèrent que des philosophes, des poètes, des… voient un lien étroit entre l’enfant et la philosophie.

« Un signe admirable du fait que l’être humain trouve en soi la source de sa réflexion philosophique, ce sont les questions des enfants.  On entend souvent, de leur bouche, des paroles dont le sens plonge directement dans les profondeurs philosophiques.  En voici quelques exemples : […] En collectionnant des remarques de ce genre, on pourrait constituer toute une philosophie enfantine.  On allèguera peut-être que les enfants répètent ce qu’ils entendent de la bouche de leurs parents et des autres adultes ; cette objection est sans valeur lorsqu’il s’agit de pensées aussi sérieuses.  On dira encore que ces enfants ne poussent pas plus loin la réflexion philosophique et que, par conséquent, il ne peut y avoir là chez eux que l’effet d’un hasard.  On négligerait alors un fait : ils ont souvent une sorte de génie qui se perd lorsqu’ils deviennent adultes… » Karl Jaspers, Introduction à la philosophie, Paris, Librairie Plon, Collection 10-18, 1969, pp. 7-9.

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«…la philosophie (…) on a grand tort de la peindre inaccessible aux enfants…

Puisque la philosophie est celle qui nous instruit à vivre, et que l’enfance y a sa leçon, comme les autres âges, pourquoi ne la lui communique-t-on pas ? (…) On nous apprend à vivre quand la vie est passée. Cent écoliers ont pris la vérole avant que d’être arrivés à leur leçon d’Aristote, de la tempérance. (…) Ôtez toutes ces subtilités épineuses de la Dialectique, de quoi notre vie ne se peut amender, prenez les simples discours de la philosophie, sachez les choisir et traiter à point : ils sont plus aisés à concevoir qu’un conte de Boccace. Un enfant en est capable, au partir de la nourrice, beaucoup mieux que d’apprendre à lire ou écrire. La philosophie a des discours pour la naissance des hommes comme pour la décrépitude.» Montaigne, Essais I, 26, De l’institution des enfants.

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« Dans sa jeunesse, que personne n’hésite à s’engager en philosophie; de venu vieux, que personne ne se lasse de l’activité philosophique. » Épicure

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«Nous cherchons tous le repos.  Partout, dans ce que nous faisons, dans ce que nous disons, c’est le repos qui est désiré, le sommeil bienheureux dans une parole, dans un amour, dans un travail. C’est pour trouver le sommeil dans une vérité que nous commençons à apprendre.  C’est pour goûter au sommeil de la chair – à son endormissement entre les bras de l’autre – que nous tombons amoureux.  C’est pour jouir du sommeil minéral d’une fatigue que nous entreprenons mille et un travaux.  Il y a une aimantation de la vie vers le sommeil.  La vie en nous ne tend qu’à se reposer, qu’à se déprendre enfin d’elle-même dans un amour, dans un savoir, dans un emploi.  Partout, dans toutes nos occupations, là même où nous nous croyons le plus éveillés, là même nous cédons à cette attirance d’un sommeil.  L’enfance là-dedans est l’exception.

L’enfance est dans la vie comme une chambre éclairée dedans la maison noire. Les enfants n’aiment pas aller dormir, n’aiment pas ce congé chaque soir donné à la vie. Cette résistance au sommeil, c’est le visage de l’enfance et c’est la figure même de l’excès: poser des questions qu’aucune réponse ne viendra endormir.»  Christian Bobin, La merveille et l’obscur, Paroles d’aube, p. 17

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