Les vertus de la philosophie pour enfants: 1- la douceur

libéraux

Je relisais récemment le livre d’André Compte Sponville, Petit traité des grandes vertus, Paris, PUF, 1995.  Et, tout à coup, je me suis rendu compte que les vertus présentées dans son livre: politesse (qui n’en est pas une), fidélité, prudence, tempérance, courage, justice, générosité, compassion, miséricorde, gratitude, humilité, simplicité, tolérance, pureté, douceur, bonne foi, humour et finalement amour sont, pour la plupart, des forces morales développées en philosophie pour enfants.  Je ne sais pas si j’aurai le temps (et l’envie) de toutes les aborder, mais je pense qu’à en prendre quelques-unes, on pourra peser un peu mieux la portée de la philosophie pour enfants quand on ne la considère pas uniquement sous l’angle de la formation de la pensée critique.  Elle est bien plus que cela.  Il s’agit, je l’ai écrit ailleurs, d’une manière de vivre, avec soi et les autres.Je n’ai pas l’intention de suivre l’ordre que propose Comte Sponville.  Ni de développer longuement chacune d’elle.  Aujourd’hui, il sera question brièvement de la douceur. Elle est, dit-il, ce courage sans violence, cette force sans dureté, cet amour sans colère.  Entre générosité et compassion, «elle se tient dans l’entre-deux, sans rien qui pèse ou qui pose, sans rien qui force ou qui agresse». (p. 246)

Comment la pratique de la philosophie avec les enfants permet-elle de développer cette vertu?  Pour comprendre un peu, revenons au processus qui caractérise le contexte dans lequel se pratique cette philosophie: la communauté de recherche. Chercher en commun, en mettant son ego en perspective, c’est ressentir qu’on peut montrer ses faiblesses sans que les autres ne s’en servent pour affirmer leur forces. C’est vivre un moment de douceur qui, de fois en fois, devient peu à peu une partie de soi. C’est le refus de faire souffrir gratuitement.

Une communauté de recherche philosophique est un lieu où la douceur du regard, du propos, de la confrontation ont plus de valeur que la force de persuasion qui, bien qu’utile, ne saura jamais remplacer la douceur si le vivre ensemble est aussi ce qui est visé. Vivre une communauté de recherche philosophique, c’est ressentir la douceur du propos qui s’offre à tous ceux et celles qui en font partie, c’est ressentir la joie de se remettre en question, c’est vivre un moment de gentillesse des manières, de bienveillance à l’égard d’autrui. C’est vivre un moment où, enfin, le dénigrement fait place à la reconnaissance, la gratitude.  À répétition, la douceur devient partie de soi et te remplit d’une profonde satisfaction, celle de contribuer, par une manière d’être, à un monde meilleur où chacun, sans être jugé avec déni, peut penser par et pour lui-même.

Il est préférable de débuter tôt cet apprentissage. Et doucement!

réponses

  1. On pourrait certainement parler des valeurs en jeu, des qualités qui sont développées. Mais le mot vertu a cette particularité de souligner la profondeur avec laquelle ces valeurs ou qualités s’intériorisent chez les participants. Tu y vois un problème?

    J’aime

Laisser un commentaire

Entrer les renseignements ci-dessous ou cliquer sur une icône pour ouvrir une session :

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l’aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s

%d blogueurs aiment ce contenu :