Grandir en humanité par la philosophie pour enfants: 5- la fidélité

libéraux

Andrée Comte Sponville, dans son Petit traités des grandes vertus, (Paris, PUF, 1995), résume en une phrase ce qu’est cette vertu qu’on appelle la fidélité: «Ne pas faire souffrir est une chose; ne pas trahir en est une autre, et c’est ce qu’on appelle la fidélité.» (p. 19). J’ajouterais, ne pas se trahir car fidélité aux autres, mais également à soi.  Comment se développe cette force au moment de pratiquer la philosophie avec les enfants en communauté de recherche? Essayons, brièvement, d’y voir un peu plus clair.

Quand on fait partie d’une communauté. de recherche philosophique, on est invité à penser par et pour soi-même.  Pas question d’adopter un rôle qu’on nous aurait confié, soit celui par exemple de défendre une idée à laquelle nous n’adhérons pas. Non, non, à chaque fois, il nous est demandé de dire ce que l’on pense, ce que l’on croit, ce que l’on estime juste, bon, sensé, à partir de soi mais avec l’intention de contribuer à l’avancement de la rechercher avec les autres.  Et pour ce faire, il importe de dire vrai, de ne pas se trahir, ni trahir les autres.

Loin de devoir prendre la position de l’avocat du diable dans une communauté de recherche, chacun est invité à s’aventurer dans la pensée vraie, bien sentie, Je dirais qu’en lieu et place de l’avocat du diable, il s’agit d’être un penseur de l’ange: un passeur de messages, d’informations, qui de bouches en oreilles circulent librement (pas question de décider pour les autres ce qu’ils doivent ou non savoir) sans la pression de devoir toujours se demander: mais pense-t-il vraiment cela, ou essaie-t-il de nous convaincre de ce qu’il ne croit pas lui-même, comme certains humains, préoccupés de vaincre plutôt que de comprendre, arrivent parfois si facilement à le faire.  Cela ne veut pas dire qu’on n’est pas invité à regarder l’envers des positions, à imaginer d’autres mondes que celui dans lequel nous sommes, mais toujours dans le but d’aller plus loin, et non de penser ce qu’on ne pense pas vraiment.

La fidélité dans une communauté de recherche permet de tisser le tapis de confiance entre tous ses membres. Sans fidélité, la confiance disparait et quand la confiance disparait, l’envie de se confier, de dire vraiment ce qu’on pense, sincèrement, disparait peu à peu.  Et on s’étonne par la suite que le silence s’installe, que la communication soit rompue.  Et évidemment, on s’empresse alors d’accuser l’autre de ne pas parler, de ne pas dire, de ne pas répondre aux questions qu’on lui pose. On ira même jusqu’à lui dire: Tu ne me fais pas confiance?  Y’a de quoi!

Quand on a goûté, fois après fois, année après année, à la puissance de la fidélité à soi et aux autres, quand on a goûté à cette force morale qui se construit fois après fois dans une communauté de recherche philosophique, il est bien difficile de vivre autrement.  À moins d’être un guerrier dans l’âme, ou une personne menée par la crainte d’être démasquée.  Ce que la fidélité permet, en plus, c’est une manière de vivre en paix avec soi et les autres.  La philosophie pour enfants est une éducation à la paix et celle-ci passe notamment par la fidélité qui élimine la crainte d’être trahi et permet, dès lors, la confiance en l’autre.

 

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