La pratique des arts libéraux et la philosophie pour les enfants : huitième partie – conclusion

libéraux

Cet article est le huitième et dernier d’une série portant sur les liens entre la pratique de la philosophie avec les enfants et la pratique des arts libéraux.  On peut consulter le premier ici.

Cette huitième partie termine notre recherche sur les rapports entre ces deux pratiques en montrant comment la philosophie pour les enfants, loin de couvrir l’ensemble des besoins lorsqu’il s’agit de la formation intellectuelle du petit de l’être humain, contribue néanmoins de façon importante à celle-ci lorsqu’il s’agit d’apprendre l’art de la dialectique.

Pour ceux et celles qui connaissent un peu la Philosophie pour les enfants, nous voyons peu à peu, que l’histoire de la pratique des arts libéraux montre que la Philosophie pour les enfants est en continuité avec cette pratique et que loin d’être l’incarnation d’une révolution dont il faudrait peut-être se méfier, elle continue, à sa manière, de contribuer au développement de la pensée des enfants. D’un point de vue, avec la dialectique, nous sommes au plus près de ce qui se joue en philosophie pour les enfants lorsqu’il s’agit de comprendre l’importance de la communauté de recherche.

Tous les passages retenus sont tirés (et parfois adaptés) de ma thèse de doctorat: La philosophie pour enfants et la pratique des arts libéraux,  Université Laval, octobre 1993.

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La pratique des arts libéraux et la philosophie pour les enfants : huitième partie – conclusion
Les articles qui ont précédé auront, je le souhaite, permis de constater que le programme de philosophie pour les enfants de M. Lipman ne pourrait se substituer à tout le programme actuel d’éducation intellectuelle.  S’il permet de réintroduire une dimension importante du développement intellectuel, il ne va pas cependant jusqu’à favoriser le développement de tous les modes de la pensée favorisés par la pratique des arts libéraux, notamment ceux du trivum.  Par ailleurs, si Lipman avait raison de soutenir que son programme de philosophie est utile pour préparer les enfants à penser dans les différentes disciplines, il ne faudrait pas entendre par là que la philosophie pourrait ainsi remplacer toutes les matières actuellement enseignées à l’école.  Malgré son caractère fondamental et le fait qu’elle permet de pratiquer un mode de la pensée générique par rapport à toutes les autres disciplines, la pensée philosophique que ce programme permet d’articuler ne recouvre pas tous les modes de la pensée présents dans la pratique des arts libéraux.  Ainsi, dans l’optique de notre recherche, il faudrait plutôt dire que le programme de Lipman, en raison des outils qu’il propose, constitue un complément essentiel à tout programme scolaire qui ne permettrait pas de développer ce mode générique de la pensée.  Loin, donc, de pouvoir constituer par lui-même tout le programme d’étude scolaire visant le développement intellectuel, le programme de philosophie pour enfants doit plutôt être vu comme une partie à côté d’autres parties indispensables au plein développement intellectuel de l’être humain.

Ce mode de la pensée générique, indispensable pour un plein développement des potentialités intellectuelles, c’est, en langage aristotélicien, celui de la dialectique.  Nous sommes arrivé à cette conclusion en examinant comment et pourquoi le programme de Lipman se rapproche et s’éloigne de la tradition des arts libéraux vue dans son fondement plutôt que dans ses manifestations.  On voit mieux ainsi en quoi consiste la lacune que veut combler Lipman dans les programmes d’étude contemporains par l’introduction de la philosophie dès le primaire dans ces programmes : c’est en grande partie un retour à la pratique de la dialectique, une dimension importante de la tradition qui a marqué le système d’éducation en Occident depuis l’Antiquité.

Mais, cela ne veut pas dire que le programme de Lipman ne fait pas de place à la littérature.  Bien au contraire.  Cependant, le rôle de la littérature – poésie, conte, fable, histoire, récit, théâtre, etc. – dans ce programme ne répond pas directement à celui qu’elle pourrait jouer dans le cadre des arts libéraux sous l’appellation de la grammaire.  Ceci ne veut pas dire, non plus, que le programme de Lipman ne permet pas de développer la capacité d’analyse du quadrivium.  Il le fait, mais il ne distingue pas clairement, comme cela est le cas dans le programme d’étude des arts libéraux, entre un mode de la pensée analytique (quadrivium) et un mode de la pensée synthétique (trivium).  Si le programme de Lipman conduit l’enfant à développer sa pensée créatrice et sa pensée critique, il n’en demeure pas moins que le fait de souhaiter leur interfusion, étant donnée la définition de la pensée de qualité supérieure, empêche de les discerner clairement comme cela est possible dans la théorie éducative des arts libéraux.  C’est aussi pour cette raison qu’il importe de préciser que la pensée de qualité supérieure développée par le programme de Lipman ne semble pas pouvoir être la seule qui puisse être visée dans un programme d’éducation intellectuelle.  En effet, d’après le cadre d’analyse que nous avons élaboré, la rigueur intellectuelle, c’est-à-dire la pensée de qualité supérieure, peut se définir non seulement par la juste combinaison des différents modes de la pensée, mais aussi par la juste discrimination de ces différents modes et l’emploi approprié de celui qui convient à la fin poursuivie.  Il n’est pas certain que le programme de Lipman réussisse dans cette direction.

Le programme de Lipman ne permet pas de favoriser le développement de tous les modes de la pensée susceptibles d’être utilisés par un être humain.  D’autres modes, d’une égale importance selon les fins poursuivies, devraient aussi être développés.  Il ne serait donc pas approprié de considérer la pratique de la philosophie pour enfants comme étant le seul instrument qui puisse servir au développement intellectuel des enfants.  La mathématique, la rhétorique et la grammaire, à titre d’arts libéraux tels que nous les avons définis, devraient aussi être des parties intégrantes d’une formation intellectuelle qui s’appuie sur une théorie cohérente des diverses potentialités et finalités de l’intelligence humaine.

Enfin, malgré les restrictions qu’il y a lieu d’émettre quant au champ d’extension que le programme de Lipman peut couvrir, il demeure que ce dernier est bel et bien utile pour aider les enfants à penser dans les différentes disciplines.  Comme nous l’avons montré, le développement du mode de la pensée dialectique est, en effet, d’une aide certaine pour la capacité de penser dans toutes les disciplines.  Là où ce mode n’est pas développé, il y aurait donc avantage à introduire le programme de Lipman pour venir combler cette lacune au plan de la formation de l’intelligence.

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