La pratique du questionnement en communauté de recherche philosophique

La pédagogie qui sous-tend la pratique de la philosophie en communauté de recherche est celle du questionnement. Le mandat de l’animateur est celui de modéliser le questionnement afin que les participants en arrivent peu à peu à se poser les questions introduites par ce dernier.

Plusieurs dimensions touchent ce questionnement.  Le billet d’Anda Fournel publié au mois de novembre 2016 fait état de plusieurs sortes de questionnement. Ce billet est un complément à sa publication en montrant que le questionnement en communauté de recherche philosophique peut prendre au moins 8 directions différentes (qui parfois se recoupent partiellement).  Je serai bref, ne donnerai pas d’exemples de questionnement précis touchant chacune de ces directions.  Dans un autre billet, je prendrai le temps d’exemplifier chacun de ces questionnements (quelles sont les questions, par exemple, qui pourraient être posées pour favoriser l’émergence d’un questionnement sur le jugement). Lire la suite

Les questions de l’animatrice en philosophie pour les enfants

Jeunes philosophes

L’animatrice d’une communauté de recherche a comme mandat principal, du moins au début du processus, de poser des questions qui feront avancer la recherche. Ces questions devraient être l’occasion, notamment, d’introduire plus de rigueur dans la discussion. Elles devraient aussi permettre aux élèves de constater que ce sont eux les principaux auteurs de la recherche et qu’ils sont responsables des propos qu’ils avancent. Avec le temps, ce seront les élèves eux-mêmes qui se poseront entre eux ces questions. Lorsque cela se produit, vous êtes alors en présence d’une communauté de recherche qui a grandement progressé. C’est aussi le signe que vous pouvez alors de plus en plus intervenir comme cochercheur avec les élèves en exprimant une hypothèse (un exemple, un contre-exemple, une raison, etc.) qui demandera, comme toutes les autres, un examen attentif de la part des participants. Mais en attendant ce moment, et il arrive parfois bien plus rapidement qu’on ne l’avait imaginé, le mieux serait de vous concentrer sur les questions que vous pourriez poser en cours de recherche. Parmi celles-ci, notons les suivantes :

  • Qu’est-ce qui vous intrigue dans ce passage ? (aider les participants à concentrer leur attention sur un sujet précis, à formuler un doute)
  • Quelle est la question que vous aimeriez poser ? (inviter les partici- pants à formuler des questions, des problèmes)
  • Est-ce qu’une personne souhaite émettre une idée (développer une hypothèse) pour aider X ? (susciter la collaboration)
  • Pourquoi dis-tu cela ? (demander des raisons)
  • Pourrais-tu nous donner un exemple ? (demander un exemple, possibilité de soutenir une hypothèse)
  • Est-il possible de penser à un contre-exemple ? (demander un contre-exemple, possibilité de remettre en question une hypothèse)
  • Quel est le lien entre ce que tu dis et ce qui a été dit précédemment ? (établir des relations)
  • Quelles différences y a–t-il entre ces deux commentaires ? (distinguer)
  • Qu’est-ce que cela implique ? (établir les conséquences des propos)
  • Qu’est-ce que cela présuppose ? (identifier les présupposés)
  • Comment pouvons-nous savoir si ce que tu dis est vrai ? (tester l’hypothèse avancée)
  • Comment sais-tu cela ? (établir la source de la connaissance)
  • Est-ce que cela suffit pour dire qu’on le sait ? (évaluer la source de la connaissance)
  • Quel est le lien entre ce que tu viens de dire et ce qui a été formulé précédemment ? (rechercher la cohérence)
  • Est-ce qu’une personne pourrait nous aider à comprendre ? (demander une clarification)
  • Où en sommes-nous dans notre recherche ? (demander une synthèse provisoire)

Ce qui précède présente un aperçu des questions que vous pourriez poser en cours de recherche. Quand faut-il les poser ? À qui faut-il les poser ? Cela dépendra de la situation et de votre jugement, c’est-à-dire de votre capacité à apprécier l’ensemble des éléments qui se présentent en fonction de la recherche qui se déploie. Ici, il n’y a pas de recettes ou de trucs qui pourraient vous guider. Il s’agit d’un art qui demande beaucoup d’écoute, de sensibilité au développement de la recherche, d’attention à ceux et celles qui parlent plus ou moins et qui auraient éventuellement besoin d’aide, soit pour laisser plus de place aux autres participants, soit pour obtenir la place qui leur revient (et la petite dose supplémentaire de courage pour enfin pouvoir lever la main afin d’avoir la parole).

Mais quelle que soit la question que vous poserez, l’important est d’être attentif aux liens qui s’établiront alors entre les participants, car de ces liens naîtra probablement la prochaine question qu’il serait souhaitable de poser. Ces relations, à la fois d’ordre cognitif, social et affectif, sont le ciment de la communauté de recherche. En outre, plus votre regard sera attentif aux liens qui se créent ou qui pourraient être créés au sein de la communauté, moins vous serez tenté de porter votre attention sur ce que les participants doivent savoir.

Rappelons-le, le but de cette démarche n’est pas que les participants en arrivent à savoir ce que vous pensez savoir concernant le sujet de la recherche, mais qu’ils pensent de plus en plus et de mieux en mieux par et pour eux-mêmes, d’une manière critique, créative et attentive. Enfin, insistons pour dire que les propos doivent principalement venir des participants et non de l’animateur. Si vous constatez que vos interventions, vos questions occupent la moitié du temps, il est alors grand temps de revoir votre stratégie d’animation afin de laisser plus de place aux participants de la communauté de recherche. Ayez confiance en la capacité des participants à bien mener la recherche, tout en étant vigilant quant à la rigueur qu’elle doit avoir et la force des différents liens (cognitifs, sociaux, affectifs, philosophiques, etc.) qui se tissent entre tous.

(tiré et adapté de l’introduction de Êve)

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