La pratique de la philosophie en communauté de recherche: entre rupture et continuité

La pratique de la philosophie en communauté de recherche est un acte subtil, exigeant de la part des participants et de l’animateur une attention soutenue et le déploiement d’une pensée complexe, multidimensionnelle où pensée critique, créatrice et attentive sont en constant dialogue. Imaginée par Lipman et Sharp comme étant le contexte le plus approprié pour pratiquer la philosophie avec les enfants, elle permet notamment le développement ou le renforcement d’habiletés de penser utilisables dans différents contextes et l’intériorisation de dispositions sociales permettant un mieux vivre-ensemble. Appuyée par des centaines d’expérimentation montrant les bienfaits d’une telle pratique, il n’est pas étonnant qu’elle soit présente dans près de 70 pays et que sa popularité n’a de cesse de grandir. Utilisée à l’origine principalement avec les enfants, elle fait maintenant l’objet d’expérimentations avec des gens de tous âges. Par là, la pratique de la philosophie me semble retrouver ses origines : une activité sociale visant à penser sa vie et vivre sa pensée, comme l’évoquait André Comte Sponville. Et cela n’a pas d’âge, ni de contexte précis. Lire la suite

La philosophie pour enfants ou comment entrer dans l’univers de l’autre

Eve

Voici l’un des chapitres du collectif La communauté de recherche philosophique : applications et enjeux.  J’ai choisi de retenir le chapitre de Ann Margareth Sharp, cofondatrice avec Matthew Lipman du programme de Philosophie pour enfants, intitulé: Entrons dans l’univers de l’autre. Apprendre à juger, dans une classe transformée en communauté de recherche.  Comme elle le dit d’entrée de jeu:

«Une dure leçon à tirer de l’histoire contemporaine, avec ses innombrables pertes de vies humaines dans des guerres ne répondant à aucune nécessité, c’est qu’on ne peut avoir une idée de ce qui convient aux autres, qui sont différents, sans savoir ce qu’eux-mêmes estiment bon pour eux. Penser que c’est possible constitue une grave erreur – une erreur de jugement. Lire la suite

Philosophie pour enfants et apprentissage du dialogue pacifiant

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Le secret de la philosophie, d’après Éric Weil, est que « le philosophe veut que la violence disparaisse du monde[1]. Il reconnaît le besoin, il admet le désir, il convient que l’homme reste animal tout en étant raisonnable;  ce qui importe, c’est d’éliminer la violence.  Il est légitime de désirer ce qui réduit la quantité de violence qui entre dans la vie de l’homme.  Il est illégitime de désirer ce qui l’augmente. »[2]  Si on accepte, au moins temporairement, l’hypothèse de Weil, il y a lieu de se demander quels pourraient être les moyens que le philosophe peut utiliser dans le but, sinon de faire disparaître, à tout le moins de prévenir la violence.  Il pourra, bien sûr, et c’est en partie le travail qui l’occupe, faire une analyse approfondie de la violence afin d’en comprendre ses différentes formes.  Toutefois, bien que ce travail soit important, il ne saurait suffire pour prévenir, voire irradier la violence.  Encore faut-il que la réflexion philosophique portant sur la violence puisse conduire à une pratique de la philosophie qui soit en concordance avec la nécessité d’éliminer la violence.  Et c’est alors que l’apprentissage du dialogue peut s’avérer être une étape cruciale pour qui souhaite prévenir la violence.  Car, « dans le dialogue, le souci de sens est aussi important que celui de ne pas faire cesser la communication. Les deux, même, se soutiennent. (…) Dans tous les cas, ce qui est exclu, c’est la violence : le dialogue s’arrête au moment où la force, l’intimidation ou la ruse prennent le pas sur l’examen de la validité des affirmations ou l’échange des croyances et d’idées, dont on se demande s’il faut les accepter ou non. »[3] Lire la suite

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