Principes d’élaboration d’un récit philosophique

Il me fait grand plaisir, cette fois, de laisser la place à Alexandre Herriger, formateur et intervenant spécialisé à la pratique de la philosophie avec les enfants.  Alexandre a participé à la création de l’association proPhilo en 1999. Aujourd’hui, il est le directeur d’Eduphilo fondé en 2007 qui œuvre pour l’introduction de la philosophie dans l’éducation, ainsi que le directeur de SEVE Formation Suisse.

Alexandre a écrit un texte très riche permettant d’entrevoir les principes qui sont à la base de l’écriture d’un texte narratif en philosophie pour enfants.  Je vous laisse le soin de le parcourir! Lire la suite

De l’importance du texte narratif en philosophie pour enfants

libéraux

L’architecture de la classe n’est pas étrangère à ce qui s’y passe. Les classes les plus appropriées pour faire de la philosophie avec des enfants sont des lieux dans lesquels le mobilier est placé en cercle. Cette forme permet un meilleur partage de la voix et de croiser les regards de ses pairs, ce que les rangées de pupitres traditionnelles ne permettent pas.

Ce partage commence par la lecture d’un court récit philosophique écrit pour les enfants. En lisant une histoire, un récit, les enfants découvrent que celle-ci a un sens, est riche de signification. Qui plus est, elle colle à leur réalité, elle offre des idées sur la façon dont ils peuvent s’y prendre pour donner du sens à leur expérience, elle suggère des questions qui pourront devenir, à l’occasion, les questions des enfants de la classe.

C’est dire, du même coup, l’importance qu’il y a lieu d’accorder à la lecture d’une histoire, aussi courte soit-elle, en début de processus. Lire la suite

Quelques conduites à observer dans une communauté de recherche philosophique (1)

Vous pouvez télécharger l’ensemble de ce billet en cliquant ICI. (PDF) Il contient des schémas qui ne sont pas présents dans le billet publié.  Il s’agit d’extraits et d’adaptations de GAGNON, Mathieu et SASSEVILLE, Michel. Penser ensemble à l’école ; des outils pour l’observation d’une communauté de recherches philosophique en action, 2e éd. PUL, 2012.

Les conduites (cognitives, sociales, émotives…) présentes dans une communauté de recherche philosophique (CRP) ne sont pas des entités qui se laissent aisément placer dans des catégories étanches, isolées les unes des autres. Elles ne se différencient pas aussi bien que le marteau et la scie : l’un permet de cogner des clous, l’autre sert à couper. Dans la vie de la pensée en CRP, les actes et les outils qui en permettent le déploiement sont plus nuancés. Néanmoins, chacun, à sa manière, contribue à la construction de la recherche, à l’acte plus global de penser ensemble avec l’intention de chercher ensemble. Lire la suite

La philosophie pour enfants ou comment apprendre à avancer avec l’incertitude

Il y a bien des manières de se positionner au regard de la vérité.

En gros, les relativistes, estiment que tout ce qui se dit est vrai, car tout se vaut également. On les entendra dire: «Tu peux bien dire ce que tu veux, de toute manière ton opinion n’a pas plus de valeur que la mienne.»

D’autres, les sceptiques, estiment que tout ce qui se dit est faux, car l’incertitude ne peut garantir la vérité et tout est incertain. On les entendra dire: « Vaut mieux se taire, car tout est incertain et devant l’incertitude, le silence de mon jugement est ce qui doit prévaloir».

D’autres encore, les dogmatiques, estiment que seul ce qu’ils disent est vrai, car croient-ils, ils sont les seuls à connaître la vérité.  On les entendra dire: « Rien ne sert de discuter si tu penses le contraire de moi, car moi je sais!»

Enfin, certains, les «faillibilistes» (d’autres diraient les «relationnistes»), tout en étant incertains, estiment qu’il importe néanmoins d’oser se dire avec nuances, quitte à devoir modifier le propos si de nouveaux arguments et faits remettent en question ce qu’ils estimaient probable. On les entendra dire: «Je ne suis pas certain de ce que j’affirme, mais continuons à chercher ensemble…» Pour eux, l’important n’est pas d’avoir raison mais d’apprendre à dialoguer avec l’incertitude et continuer la lente reconstruction du monde dans lequel nous nous trouvons depuis les débuts. Lire la suite

Ce qu’on retient du cours L’observation en philosophie pour les enfants (PHI-1064)

C’est avec un immense plaisir que je dépose ici, sans aucune modification, le contenu du dernier Journal de bord (qui prend la forme d’un Document synthèse) produit par les 105 étudiant-e-s qui, inscrit-e-s au cours L’observation en philosophie pour les enfants (Faculté de philosophie, Université Laval) à la session d’automne 2016, ont accepté qu’il soit partagé sur ce site (105 sur 106 ont accepté que leur Document-synthèse soit partagé).

Il est à noter que ce document était déjà partagé entre eux-elles, puisque tout ce qui est écrit sur le site du cours est accessible à tous et toutes, à tout moment. Dans le dernier module du cours (qui en compte 14), ils et elles étaient invité-e-s à répondre aux deux questions suivantes:

1- Que retenez-vous de ce cours? Quels sont les éléments qui vous ont particulièrement marqués?  Pourquoi? (soumise à une évaluation)

2- Quelle est votre appréciation de ce cours (aucune évaluation):

– sous l’angle du contenu (philosophie pour les enfants);

– sous l’angle de sa forme (Observatoire Virtuel Collaboratif: la pédagogie utilisée dans ce cours en ligne)? Lire la suite

La pratique de la philosophie à l’école: pensée critique, pensée créative et pensée attentive

Il n’est pas rare d’entendre dire que la formation de la pensée critique est intimement liée à la pratique de la philosophie (ce qui ne veut pas dire que c’est la seule discipline permettant le développement de la pensée critique).  Cette association me semble fondée.  En effet, on ne saurait faire de la philosophie sans fournir des raisons, sans évaluer la qualité de ces raisons, sans être sensible aux différences contextuelles, sans prendre le temps, compte tenu de la venue de nouveaux arguments, de revoir ses positions afin de les rendre meilleures, plus solides, plus ancrées dans ce qui nous semble raisonnable, juste, bon, etc.  Voilà, notamment, quelques traits d’une personne possédant une pensée critique.  Et, en ce sens, la pratique régulière de la philosophie à l’école (dès le primaire) est un excellent moyen pour qui vise la formation de la pensée critique.

Mais ce serait prendre la partie pour le tout en affirmant que la pratique de cette discipline, surtout lorsqu’elle est faite en communauté de recherche, se résume essentiellement à une formation de la pensée critique.   Lire la suite

Une évaluation du cours Penser par nous-mêmes: valeurs et vérités (PHI-1062)

Félix Morissette

Il me fait grand plaisir, cette fois, de laisser la place à Félix Morissette, étudiant en psychologie à l’université de Montréal et au certificat en philosophie pour les enfants de l’Université Laval. Comme tous les autres étudiant-e-s du cours Penser par nous-mêmes: valeurs et vérités PHI-1062 (qui vient de se terminer car c’est un cours intensif de 45 heures sur deux fins de semaine), il a pris soin d’en évaluer la qualité et, par le biais d’un courriel qu’il m’a envoyé récemment, a tenu à me partager son évaluation.  Alors, avec sa permission, voici ce qu’il pense de ce cours en philosophie pour enfants.  Merci Félix pour ta générosité!  

Lire la suite

(Se) Questionner et penser ensemble

Il me fait grand plaisir, à nouveau, de laisser la place à Anda Fournel. Rapportant plusieurs moments vécus dans le cadre du cours Penser par nous-mêmes: valeurs et vérités (PHI-1064) à l’Université Laval en septembre et octobre 2016, elle en fait une analyse particulièrement éclairée et riche d’ouvertures touchant le questionnement en communauté de recherche. Diplômée en Philosophie (Roumanie) et en Sciences de l’éducation (France), Anda Fournel est actuellement doctorante en Sciences du Langage au laboratoire LidiLEM de l’Université Grenoble-Alpes (France). Ses recherches portent particulièrement sur le questionnement en philosophie pour enfants.

_______________________________________

Lire la suite

Prévention de la radicalisation et Philosophie pour enfants

radicalLa radicalisation a plus d’un visage. Pour certains, elle renvoie à un ensemble de gestes ou d’actes considérés « extrêmes » et qui découlent parfois d’une compréhension plus littérale des fondements d’un système, qu’il soit politique, religieux, économique, voire philosophique. Certes, on entend beaucoup parler, par les temps qui courent, de ces personnes qui, au nom de plusieurs causes, se radicalisent et en viennent à poser des gestes extrêmes, comme ceux de novembre 2015 à Paris, ou ceux du 14 mars 2019 en Nouvelle-Zélande. Mais la radicalisation, comme nous l’évoquions plus haut, a plus d’un visage et peut être, à mon avis, plus subtile que celle qui fait la manchette de nos journaux. En fait, ses racines sont multiples.

Pensons à tous ceux et celles qui, au nom d’une croyance particulière, d’une vérité indiscutable, ne veulent rien entendre de ceux et celles qui pensent autrement qu’elles. Cette absence d’écoute, cette absence du souci de l’autre, de vouloir entendre ce que l’autre, qui pense autrement que moi, a à dire, est aussi, à mes yeux, une forme de radicalisation.  Écouter ou ne pas écouter, c’est déjà faire quelque chose.

Être radical, c’est notamment croire que mon point de vue est le seul qui a droit de cité.

Être radical, c’est penser que je ne peux absolument pas être dans l’erreur quand je dis ceci ou cela, quand je pense ceci ou cela…

Comment prévenir cette radicalisation ?

Abdennour Bidar, de passage à Montréal, a été interviewé par le journaliste Michel Auger, dans le cadre de son émission Midi Info, mardi le 14 septembre 2016. Monsieur Bidar est très clair : la déradicalisation doit passer par l’éducation, par la prévention, par l’apprentissage du dialogue à l’école. À mes yeux, la philosophie pour enfants est un pas dans cette direction. Un pas précieux, car elle met en place un cadre de pacification qui permet à des gens qui semblent, à première vue, n’avoir rien en commun, de trouver un socle commun de recherche leur permettant de trouver ensemble une solution à un éventuel problème qu’ils pourraient avoir à résoudre. La pratique de la philosophie à l’école est un instrument de prévention de la radicalisation. Monsieur Bidar, présent lors d’un séminaire en philosophie pour enfants offert à Genève en juin dernier, a semblé persuadé de ma conviction. C’est d’ailleurs ce qu’il écrit, entre les lignes (et parfois directement), dans son livre Les tisserrands (Les Tisserands, « Pour une Ecole tisserande », Editions Les liens qui libèrent, mai 2018

Voici le lien qui vous en mettra plein les oreilles.