La pensée créative et ses complices: l’expérience esthétique de la communauté de recherche en philosophie pour enfants

Il me fait, à nouveau, grand plaisir, de laisser la place à Natalie Fletcher pour le prochain billet portant cette fois sur la dimension créative de la communauté de recherche, notamment par le biais de la pièce de théâtre qui peut être mise en place au terme (mais pas seulement) de la lecture du roman Pixie écrit par M. Lipman.

Natalie est la directrice de Brila, un organisme de bienfaisance qui développe la pensée critique, la responsabilité sociale et l’auto-efficacité chez les jeunes par l’entremise de dialogues philosophiques et de projets créatifs sous forme de camps, clubs et ateliers. Elle enseigne la philosophie au CÉGEP John Abbott et a fait ses études doctorales interdisciplinaires en philosophie et en éducation à l’Université Concordia. Elle débutera son post-doctorat à l’Université Laval à compter de septembre 2017.

Pendant la session d’hiver 2017, elle était également en charge du cours Penser par nous-mêmes: parole et silence offert à l’Université Laval. Natalie a alors invité, comme à l’habitude, les étudiant-e-s à vivre l’expérience de la création d’une pièce de théâtre inspirée du roman utilisé dans ce cours.  Et comme à chaque session pendant laquelle est offert ce cours (session hiver), les étudiant-e-s ont grandement apprécié pouvoir vivre cette expérience esthétique qui contribue grandement à comprendre pourquoi la pratique de la philosophie en communauté de recherche dépasse largement le cadre purement critique qu’on attribue habituellement à ceux et celles qui font de la philosophie.

Au terme de cette expérience, Natalie a tenu à consigner le fruit cette expérience dans un petit texte très inspirant.  Pour lire ce texte, cliquer ici.

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La pratique de la philosophie à l’école: pensée critique, pensée créative et pensée attentive

Il n’est pas rare d’entendre dire que la formation de la pensée critique est intimement liée à la pratique de la philosophie (ce qui ne veut pas dire que c’est la seule discipline permettant le développement de la pensée critique).  Cette association me semble fondée.  En effet, on ne saurait faire de la philosophie sans fournir des raisons, sans évaluer la qualité de ces raisons, sans être sensible aux différences contextuelles, sans prendre le temps, compte tenu de la venue de nouveaux arguments, de revoir ses positions afin de les rendre meilleures, plus solides, plus ancrées dans ce qui nous semble raisonnable, juste, bon, etc.  Voilà, notamment, quelques traits d’une personne possédant une pensée critique.  Et, en ce sens, la pratique régulière de la philosophie à l’école (dès le primaire) est un excellent moyen pour qui vise la formation de la pensée critique.

Mais ce serait prendre la partie pour le tout en affirmant que la pratique de cette discipline, surtout lorsqu’elle est faite en communauté de recherche, se résume essentiellement à une formation de la pensée critique.  En effet, par-delà la pensée critique, c’est aussi la pensée créative, holistique, originale, exploratrice… qui est convoquée.  C’est l’envie de proposer des hypothèses innovantes qui se joue au moment de faire de la philosophie en communauté de recherche.  Et ce désir devient de plus en plus pressant au fur et à mesure que se développe une autre forme de pensée en communauté de recherche: la pensée attentive.

Matthew Lipman, père de la philosophie pour enfants, insistait à la fin de sa vie sur la nécessité aussi de voir dans son programme de Philosophie pour enfants un moyen de développer la pensée attentive (caring thinking), une pensée soucieuse du poids des mots, de l’importance du dialogue entre les émotions et la raison, une pensée empathique, préoccupée tout autant d’elle-même que de celle d’autrui, une pensée qui contribue à la création du climat de confiance qui règne dans une communauté de recherche, climat si important au moment de proposer une idée innovante qui pourrait, parce qu’innovante, être rejetée de la main avec fracas, sans prendre le temps de la considérer avec intérêt, si la pensée attentive n’était pas aussi de la partie.

Hannu Juuso, s’inspirant étroitement des propos de Lipman, a très bien résumé cette rencontre de ces trois modes de la pensée dans un schéma qu’il a construit en 2007:

HANNU JUUSO, Child, Philosophy and Education: Discussing the intellectual sources of Philosophy for Children, Academic dissertation, Faculty of Education of the University of Oulu, 2007, p. 71

Infographie et traduction: Caroline Mc Carthy

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