Philosopher à l’école en communauté de recherche – Partie 1

Entretien avec Lisa Desrochers

1re partie de 2
Entretien sur la pratique de la philosophie pour les enfants et les adolescents via la Communauté de Recherche :
-la philosophie en Communauté de Recherche selon Mathew Lipman;
-la philosophie en Communauté de Recherche en Éthique et Culture Religieuse (ÉCR);
-la cueillette de questions;
-la délibération;
-le rôle de l’animateur.

84 pays où se pratique la Philosophie pour/avec les enfants

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Voici une liste des endroits dans le monde (régions ou pays) où se pratique la Philosophie pour/avec les enfants.  Les pastilles rouges ont été mises à jour  en novembre 2015.  Sources:  ICPIC, IAPC, moi-même et de plus en plus de gens… La liste de tous les pays a été mise à jour en février 2020.

1-Canada, 2-États-Unis, 3-Mexique, 4-Antilles (en discussion), 5-Costa Rica, 6-Vénézuela, 7-Colombie, 8-Brésil, 9-Chili, 10- Argentine, 11-Paraguay, 12-Uruguay, 13-Islande, 14-Royaume Uni, 15-Belgique, 16-Pays-Bas, 17-Allemagne, 18-France, 19- Suisse,  20-Italie, 21-Albanie, 22-Espagne, 23-Portugal, 24-Grèce, 25-Bulgarie, 26-Autriche, 27-République Tchèque, 28-Slovaquie, 29-Pologne, 30-Lithuanie, 31-Latvia, 32-Ukraine, 33-Roumanie, 34-Serbie, 35-Croatie, 36-Danemark, 37-Suède, 38-Norvège, 39- Finlande, 40-Turquie, 41-Arménie, 42-Liban, 43-Israël, 44-Iran, 45-Russie,  46-Algérie, 47-Maroc, 48-Tunisie, 49-Malta, 50-Nigéria, 51-Zimbabwe, 52-Afrique du Sud, 53- Kenya, 54-Pakistan, 55-Bangladesh, 56-Népal, 58-Chine (notamment, Honk Kong), 59-Taiwan, 60-Corée du Sud, 61-Japon, 62-Malaisie, 63-Singapore, 64-Philippines, 65 Australie, 66-Tasmanie, 67-Nouvelle Zélande, 68- Sénégal, 69- Luxembourg, 70- Maroc, 71-Bénin, 72-Côte D’ivoire; 73-Thaïlande, 74- Irlande,   75- Madagascar, 76- Nouvelle-Calédonie, 77-Benin, 78-Sénégal, 78-Mali, 80-Liban, 81-Egypte, 82-Pérou, 83-Bolivie, 84-Belgique…

Conduites de la personne qui anime une communauté de recherche philosophique

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Voici 14 conduites de l’animateur-trice d’une communauté de recherche qu’il serait souhaitable de voir apparaître au moment de son animation.  Cela ne veut pas dire que toutes ces conduites doivent être présentes en une seule animation.  Mais si aucune d’elles ne s’y trouve, on est loin de ce qui se joue au moment de faire de la philosophie avec les enfants en communauté de recherche.  Tous ces textes sont tirés du livre: Penser ensemble à l’école: des outils pour l’observation d’une communauté de recherche en action, Michel Sasseville et Mathieu Gagnon,  collection Dialoguer, PUL, 2012, 290 p.  Et comme on pourra le remarquer, ce ne sont là que quelques exemples de l’ensemble des conduites de l’animateur-trice.  Toutes ces conduites prennent racine, notamment, dans le questionnement de la personne qui anime et permettent ainsi aux enfants d’entrevoir les problèmes qui se cachent sous les questions, les leurs, autant que celles de l’animateur-trice.

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Symposium, Belgique, Juillet 2015: L’animation d’une communauté de recherche philosophique

Malgré, ou peut-être en raison du travail intensif qui nous attend, au moment d’écrire ces lignes, il ne restait plus de places pour le symposium, mais il restait encore quelques places pour la formation initiale qui précédait le symposium. Pour plus d’informations concernant cette formation initiale, prière de contacter Michel Desmedt à l’adresse suivante: michel.desmedt@skynet.be

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Programme du symposium
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La pratique de la philosophie en communauté de recherche: une voie pour contrer l’intégrisme?

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L’intégrisme a plusieurs visages. Ainsi que le soulignent les auteurs de l’article sur l’intégrisme dans l’encyclopédie Wikipedia:

«D’usage souvent polémique et péjoratif, le terme intégriste se réfère généralement à des courants traditionalistes qui affirment représenter l’orthodoxie catholique et la Tradition « authentique » dans un cadre sociologique qui, de la résistance générale à la société moderne, a glissé progressivement vers une résistance à la transformation interne de l’Église catholique. Cette résistance poussera certains de ses tenants jusqu’au schisme, à l’instar de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X qui, pour beaucoup, incarne le terme (Émile Poulat in Nelly Schumacher, « Intégrisme, un terme qui vient de loin », entretien avec Émile Poulat in croire.com, 15/11/2006,).

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Colloque Philo pour ados: commentaires de Sébastien Yergeau

Eve

Il me fait grand plaisir, à nouveau, de laisser la place à un collègue, Sébastien Yergeau, pour le prochain article. Enseignant au secondaire en philosophie à l’école Les Etchemins, Sébastien pratique la philosophie en communauté de recherche avec des adolescents de 14 à 16 ans depuis près d’une dizaine d’années. Il nous partage ici quelques commentaires entourant le deuxième colloque philo pour ados qui s’est tenu dans son école au début avril.

Colloque de philo pour ados, 2e édition Lire la suite

Élaborer ses idées à partir de celles des autres

La collaboration et l’entraide, entre les participants, est l’un des principes fondamentaux en communauté de recherche philosophique (CRP). L’idée de «communauté» renvoie elle-même directement au caractère collaboratif de la recherche philosophique qui est en jeu dans cette démarche. Mettre en route un projet comme celui de la CRP suppose que nous acceptions de créer un espace dans lequel ce sont les participants qui, travaillant ensemble, sont les principaux acteurs, auteurs, de leur apprentissage.

Les sources épistémologiques du principe de collaboration et d’entraide en CRP proviennent en partie d’une conception de l’apprentissage et de la production des savoirs, conception inspirée du constructivisme social. Selon cette vision, ce sont les apprenants qui, à travers leur action en situation, construisent leurs connaissances, leurs représentations. Bien plus, c’est par le biais de l’interaction entre les pairs qu’ils parviendront à co-construire leurs connaissances. Partager une vision d’inspiration socioconstructiviste, c’est considérer les processus menant à la production les savoirs (qu’ils soient savants ou endogènes) comme autant de constructions sociales. Ainsi, les savoirs, avant d’être considérés comme tels, sont soumis à des processus de construction dans lesquels nous prenons appui sur l’information disponible pour créer des liens, formuler des hypothèses, bref, pour construire des interprétations du monde qui, suite à des processus de «négociation» (d’où le caractère social de la construction des savoirs), seront jugées viables ou non. Ici, chaque habileté mobilisée, chaque information utilisée est une pierre que nous ajoutons à l’édifice. En CRP, c’est en collaborant que nous parvenons à progresser dans ce processus de construction sociale, c’est en collaborant que nous sommes en mesure de partager nos forces et d’améliorer d’autant la qualité de notre construction. C’est également en s’entraidant que nous parvenons à mettre au jour des idées qui, autrement, seraient demeurées enfouies.

Les sources éthiques du principe de collaboration et d’entraide en CRP naissent entre autres d’une dimension politique : la visée démocratique comme moteur de la recherche. Au cœur de cette visée se retrouvent non seulement des principes tel que l’équité et l’égalité, mais également des outils permettant une pratique de la démocratie. Parmi ces outils, il y a, notamment, le dialogue. Cet outil est particulièrement important en CRP. C’est par lui que s’organisent les échanges entre les participants. Le dialogue comprend une dimension éthique importante qui nous conduit à «voir l’autre comme autant capable de vérité que soi » – comme le dit la formule de Conche; en fait, le dialogue ne peut réellement prendre forme qu’à travers un souci réel d’ouverture et un désir de comprendre ce que nos interlocuteurs veulent dire. Ainsi, dialoguer c’est s’investir dans une relation où chacun ne cherche pas à avoir raison sur les autres, mais où tous travaillent ensemble à dépasser sa propre perspective pour s’engager dans une recherche de sens et de «vérité» qui dépasse les intérêts individuels.

Il existe plusieurs manières de collaborer et de s’entraider. Nous pouvons le faire en apportant un exemple à l’idée d’une autre personne, en complétant la définition avancée par quelqu’un ou même en questionnant ou en contredisant la position d’un autre participant. Dans ces cas, comme dans tous les autres, ce sont les attitudes et les intentions qui sont déterminantes.

Extraits et adaptations de GAGNON, Mathieu et SASSEVILLE, Michel. Penser ensemble à l’école ; des outils pour l’observation d’une communauté de recherches philosophique en action.

Les questions de l’animatrice en philosophie pour les enfants

Jeunes philosophes

L’animatrice d’une communauté de recherche a comme mandat principal, du moins au début du processus, de poser des questions qui feront avancer la recherche. Ces questions devraient être l’occasion, notamment, d’introduire plus de rigueur dans la discussion. Elles devraient aussi permettre aux élèves de constater que ce sont eux les principaux auteurs de la recherche et qu’ils sont responsables des propos qu’ils avancent. Avec le temps, ce seront les élèves eux-mêmes qui se poseront entre eux ces questions. Lorsque cela se produit, vous êtes alors en présence d’une communauté de recherche qui a grandement progressé. C’est aussi le signe que vous pouvez alors de plus en plus intervenir comme cochercheur avec les élèves en exprimant une hypothèse (un exemple, un contre-exemple, une raison, etc.) qui demandera, comme toutes les autres, un examen attentif de la part des participants. Mais en attendant ce moment, et il arrive parfois bien plus rapidement qu’on ne l’avait imaginé, le mieux serait de vous concentrer sur les questions que vous pourriez poser en cours de recherche. Parmi celles-ci, notons les suivantes :

  • Qu’est-ce qui vous intrigue dans ce passage ? (aider les participants à concentrer leur attention sur un sujet précis, à formuler un doute)
  • Quelle est la question que vous aimeriez poser ? (inviter les partici- pants à formuler des questions, des problèmes)
  • Est-ce qu’une personne souhaite émettre une idée (développer une hypothèse) pour aider X ? (susciter la collaboration)
  • Pourquoi dis-tu cela ? (demander des raisons)
  • Pourrais-tu nous donner un exemple ? (demander un exemple, possibilité de soutenir une hypothèse)
  • Est-il possible de penser à un contre-exemple ? (demander un contre-exemple, possibilité de remettre en question une hypothèse)
  • Quel est le lien entre ce que tu dis et ce qui a été dit précédemment ? (établir des relations)
  • Quelles différences y a–t-il entre ces deux commentaires ? (distinguer)
  • Qu’est-ce que cela implique ? (établir les conséquences des propos)
  • Qu’est-ce que cela présuppose ? (identifier les présupposés)
  • Comment pouvons-nous savoir si ce que tu dis est vrai ? (tester l’hypothèse avancée)
  • Comment sais-tu cela ? (établir la source de la connaissance)
  • Est-ce que cela suffit pour dire qu’on le sait ? (évaluer la source de la connaissance)
  • Quel est le lien entre ce que tu viens de dire et ce qui a été formulé précédemment ? (rechercher la cohérence)
  • Est-ce qu’une personne pourrait nous aider à comprendre ? (demander une clarification)
  • Où en sommes-nous dans notre recherche ? (demander une synthèse provisoire)

Ce qui précède présente un aperçu des questions que vous pourriez poser en cours de recherche. Quand faut-il les poser ? À qui faut-il les poser ? Cela dépendra de la situation et de votre jugement, c’est-à-dire de votre capacité à apprécier l’ensemble des éléments qui se présentent en fonction de la recherche qui se déploie. Ici, il n’y a pas de recettes ou de trucs qui pourraient vous guider. Il s’agit d’un art qui demande beaucoup d’écoute, de sensibilité au développement de la recherche, d’attention à ceux et celles qui parlent plus ou moins et qui auraient éventuellement besoin d’aide, soit pour laisser plus de place aux autres participants, soit pour obtenir la place qui leur revient (et la petite dose supplémentaire de courage pour enfin pouvoir lever la main afin d’avoir la parole).

Mais quelle que soit la question que vous poserez, l’important est d’être attentif aux liens qui s’établiront alors entre les participants, car de ces liens naîtra probablement la prochaine question qu’il serait souhaitable de poser. Ces relations, à la fois d’ordre cognitif, social et affectif, sont le ciment de la communauté de recherche. En outre, plus votre regard sera attentif aux liens qui se créent ou qui pourraient être créés au sein de la communauté, moins vous serez tenté de porter votre attention sur ce que les participants doivent savoir.

Rappelons-le, le but de cette démarche n’est pas que les participants en arrivent à savoir ce que vous pensez savoir concernant le sujet de la recherche, mais qu’ils pensent de plus en plus et de mieux en mieux par et pour eux-mêmes, d’une manière critique, créative et attentive. Enfin, insistons pour dire que les propos doivent principalement venir des participants et non de l’animateur. Si vous constatez que vos interventions, vos questions occupent la moitié du temps, il est alors grand temps de revoir votre stratégie d’animation afin de laisser plus de place aux participants de la communauté de recherche. Ayez confiance en la capacité des participants à bien mener la recherche, tout en étant vigilant quant à la rigueur qu’elle doit avoir et la force des différents liens (cognitifs, sociaux, affectifs, philosophiques, etc.) qui se tissent entre tous.

(tiré et adapté de l’introduction de Êve)

Penser ensemble à l’école: introduction, table des matières et premier chapitre

Eve

Avec l’autorisation de mon éditeur, M. Denis Dion, directeur des Presses de l’Université Laval, j’ai le plaisir de déposer ici un certain nombre d’extraits des livres que j’ai publiés dans cette maison d’édition, dans la collection «Dialoguer». Tout récemment, j’ai publié certains extraits du livre Êve:  Êve: enquête philosophique sur la sexualité et l’amour.

Voici l’introduction, la table des matières et le premier chapitre du livre écrit en collaboration avec Mathieu Gagnon: Penser ensemble à l’école.

La première partie de ce livre, intitulée Tour d’horizon de la philosophie pour les enfants, reprend certains des propos de la série documentaire télévisée: Des enfants philosophent. La seconde partie, intitulée Éléments observables dans une communauté de recherche philosophique en action, permet de découvrir une série d’éléments – actes de la pensée, habiletés cognitives, conduites sociales, conduites pédagogiques, etc. – susceptibles d’être aperçus au moment d’observer des personnes engagées dans la création d’une communauté de recherche philosophique.

D’autres extraits viendront s’ajouter, dans quelques jours, à cette première publication.

Bonne lecture!

Le fil de nos pensées en communauté de recherche philosophique

Me voilà au-dessus de l’océan Atlantique, de retour d’un long voyage en Suisse qui fut l’occasion de constater, à nouveau, qu’un pays soucieux d’une éducation de qualité pour ses petits, voit dans la pratique de la philosophie avec les enfants un moyen extraordinaire pour le développement de la pensée des enfants. Un moyen d’aller au-delà de ce faible pourcentage de son utilisation (aurait dit Lucy…). Et me voilà avec mes écouteurs, assis en classe économique, attendant patiemment à 900 km/heure que cet oiseau de métal me dépose au Québec où d’autres défis m’attendent. La musique est en moi, mieux, je suis dans la musique. Rien d’autre que cette relation si intime.

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