La philosophie pour enfants ou comment apprendre à avancer avec l’incertitude

Il y a bien des manières de se positionner au regard de la vérité.

En gros, les relativistes, estiment que tout ce qui se dit est vrai, car tout se vaut également. On les entendra dire: «Tu peux bien dire ce que tu veux, de toute manière ton opinion n’a pas plus de valeur que la mienne.»

D’autres, les sceptiques, estiment que tout ce qui se dit est faux, car l’incertitude ne peut garantir la vérité et tout est incertain. On les entendra dire: « Vaut mieux se taire, car tout est incertain et devant l’incertitude, le silence de mon jugement est ce qui doit prévaloir».

D’autres encore, les dogmatiques, estiment que seul ce qu’ils disent est vrai, car croient-ils, ils sont les seuls à connaître la vérité.  On les entendra dire: « Rien ne sert de discuter si tu penses le contraire de moi, car moi je sais!»

Enfin, certains, les «faillibilistes» (d’autres diraient les «relationnistes»), tout en étant incertains, estiment qu’il importe néanmoins d’oser se dire avec nuances, quitte à devoir modifier le propos si de nouveaux arguments et faits remettent en question ce qu’ils estimaient probable. On les entendra dire: «Je ne suis pas certain de ce que j’affirme, mais continuons à chercher ensemble…» Pour eux, l’important n’est pas d’avoir raison mais d’apprendre à dialoguer avec l’incertitude et continuer la lente reconstruction du monde dans lequel nous nous trouvons depuis les débuts. Lire la suite

Philosophie pour enfants et manière de vivre démocratique

Le 21 avril dernier, madame Stéphanie Gaudet, Ph.D, professeure agrégée à l’Université d’Ottawa et Directrice du Centre interdisciplinaire de recherche sur la citoyenneté et les minorités (CIRCEM) m’invitait à prononcer la conférence d’ouverture du colloque international: Éducation et démocratie : liens et lieux de la formation à la participation citoyenne.

Je la cite: «La santé de notre démocratie repose sur une participation constructive des individus à la vie démocratique. Les citoyens doivent être en mesure d’exercer « leur pensée critique, (d’avoir) la capacité à dépasser les intérêts locaux pour affronter les problèmes mondiaux en « citoyens du monde » et la capacité à imaginer avec empathie les difficultés d’autrui. » (Nussbaum, Martha, Les émotions démocratiques : Comment former le citoyen du XXIe siècle ?, Éditions Climats, 2011). Ces compétences s’apprennent, se transmettent ; elles doivent ainsi faire l’objet d’une formation qui a fait l’objet d’une réflexion éthique basée sur les savoirs savants comme sur les savoirs pratiques. Dans le cadre de ce colloque, nous ferons le point sur les approches d’éducation à la citoyenneté démocratique, en détaillant les compétences essentielles à la formation de citoyens complets. Nous cartographierons les espaces institutionnels et non-institutionnels où sont inculquées ces compétences et nous tenterons d’en discerner les forces et les faiblesses.

[…]  Le colloque [avait] pour but de répondre à trois grands blocs de questions :

1) Quelles sont les compétences et les connaissances que doivent avoir les citoyens pour participer à notre démocratie en profonde transformation? Quelles compétences et attitudes, émotions démocratiques devrions-nous développer chez les enfants et les jeunes pour qu’ils vivent pleinement leur citoyenneté démocratique? Quelles sont les pratiques de transmission?

2) Quelles sont les pratiques d’éducation citoyenne, les lieux institutionnels et non institutionnels où elles se déploient et les formules innovantes qu’elles emploient?

Quels sont les freins observés par les gens du milieu à la mise en œuvre de ces pratiques éducatives?

3) Quels sont les besoins en connaissance et en savoir-faire que l’on peut observer dans le milieu de la recherche et dans les milieux de pratique? Quels sont les outils et les pratiques d’évaluation d’une éducation qui se déroule sur un temps long? Que peut-on améliorer dans les pratiques de transmission.»

Voici la conférence que j’ai prononcée lors de ce colloque.

La philosophie pour enfants ou comment entrer dans l’univers de l’autre

Eve

Voici l’un des chapitres du collectif La communauté de recherche philosophique : applications et enjeux.  J’ai choisi de retenir le chapitre de Ann Margareth Sharp, cofondatrice avec Matthew Lipman du programme de Philosophie pour enfants, intitulé: Entrons dans l’univers de l’autre. Apprendre à juger, dans une classe transformée en communauté de recherche.  Comme elle le dit d’entrée de jeu:

«Une dure leçon à tirer de l’histoire contemporaine, avec ses innombrables pertes de vies humaines dans des guerres ne répondant à aucune nécessité, c’est qu’on ne peut avoir une idée de ce qui convient aux autres, qui sont différents, sans savoir ce qu’eux-mêmes estiment bon pour eux. Penser que c’est possible constitue une grave erreur – une erreur de jugement. Lire la suite

Qui a peur de la philosophie… pour enfants?

Au terme d’une conférence portant sur la Philosophie pour enfants (ses finalités, sa méthodologie, son matériel), une personne présente dans la salle a affirmé: cela me fait peur!  C’est tellement plus complexe que je ne l’avais imaginé!

C’était la première fois, en trente ans, que j’entendais un tel propos suite à une présentation (détaillée) de la Philosophie pour enfants. Mais depuis ce moment, je réfléchis aux différentes raisons que nous pourrions avoir pour ressentir cette émotion, laquelle apparait habituellement en présence ou dans la perspective d’un danger ou d’une menace. Je me suis donc demandé: mais qu’est-ce qui peut bien nous pousser à ressentir la peur lorsqu’on constate qu’il est possible, grâce à la pratique de la philosophie à l’école, de permettre aux enfants d’apprendre à penser par et pour eux-mêmes?  Et ma réflexion m’a conduit à penser que… Lire la suite

La philosophie pour enfants ou l’apprentissage d’une langue pour penser ensemble


Le programme de Philosophie pour enfants, créé à la fin des années ’60 (oui, oui, ce n’est pas d’hier, ça remonte à près de 50 ans et ce programme est maintenant présent, sous différentes formes, dans près de 70 pays) par Matthew Lipman et Ann Margareth Sharp, entraine la transformation de la classe en une communauté de recherche philosophique (CRP).  Quand on observe une CRP en action, on y voit des enfants ayant du plaisir à penser ensemble à propos de sujets qui les intéressent au plus haut point. Et quand on l’observe d’un peu plus près, qu’on l’examine à la loupe de celui ou celle qui estime que les enfants ont le droit de penser par et pour eux-mêmes, on découvre que les enfants sont en train d’apprendre l’habile maniement d’une langue, celle de la recherche, leur permettant de plus et plus et de mieux en mieux de penser ensemble de manière collaborative. Lire la suite

Philosophie pour enfants et construction de la résilience

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Lors de mon récent passage en Suisse, j’ai eu l’occasion notamment d’examiner à nouveau quelques liens entre la philosophie pour les enfants et la construction de la résilience.  M’appuyant principalement sur les travaux de Stefan Vanistandeal (reprenant sa métaphore de la «casita» de la résilience) j’ai tenté de montrer comment la pratique de la philosophie avec les enfants permet de construire certaines caractéristiques des personnes dites résilientes.  Voici, en format pdf, la présentation qui en a été faite.

Conférence en format pdf

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Philosopher à l’école en communauté de recherche – Partie 2

Entretien avec Lisa Desrochers

2e partie de 2
Entretien sur la pratique de la philosophie pour les enfants et les adolescents via la Communauté de Recherche :
-le rôle des observateurs lors du dialogue;
-une communauté de recherche en action;
-les fruits de l’expérience.

Philosopher à l’école en communauté de recherche – Partie 1

Entretien avec Lisa Desrochers

1re partie de 2
Entretien sur la pratique de la philosophie pour les enfants et les adolescents via la Communauté de Recherche :
-la philosophie en Communauté de Recherche selon Mathew Lipman;
-la philosophie en Communauté de Recherche en Éthique et Culture Religieuse (ÉCR);
-la cueillette de questions;
-la délibération;
-le rôle de l’animateur.

84 pays où se pratique la Philosophie pour/avec les enfants

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Voici une liste des endroits dans le monde (régions ou pays) où se pratique la Philosophie pour/avec les enfants.  Les pastilles rouges ont été mises à jour  en novembre 2015.  Sources:  ICPIC, IAPC, moi-même et de plus en plus de gens… La liste de tous les pays a été mise à jour en février 2020.

1-Canada, 2-États-Unis, 3-Mexique, 4-Antilles (en discussion), 5-Costa Rica, 6-Vénézuela, 7-Colombie, 8-Brésil, 9-Chili, 10- Argentine, 11-Paraguay, 12-Uruguay, 13-Islande, 14-Royaume Uni, 15-Belgique, 16-Pays-Bas, 17-Allemagne, 18-France, 19- Suisse,  20-Italie, 21-Albanie, 22-Espagne, 23-Portugal, 24-Grèce, 25-Bulgarie, 26-Autriche, 27-République Tchèque, 28-Slovaquie, 29-Pologne, 30-Lithuanie, 31-Latvia, 32-Ukraine, 33-Roumanie, 34-Serbie, 35-Croatie, 36-Danemark, 37-Suède, 38-Norvège, 39- Finlande, 40-Turquie, 41-Arménie, 42-Liban, 43-Israël, 44-Iran, 45-Russie,  46-Algérie, 47-Maroc, 48-Tunisie, 49-Malta, 50-Nigéria, 51-Zimbabwe, 52-Afrique du Sud, 53- Kenya, 54-Pakistan, 55-Bangladesh, 56-Népal, 58-Chine (notamment, Honk Kong), 59-Taiwan, 60-Corée du Sud, 61-Japon, 62-Malaisie, 63-Singapore, 64-Philippines, 65 Australie, 66-Tasmanie, 67-Nouvelle Zélande, 68- Sénégal, 69- Luxembourg, 70- Maroc, 71-Bénin, 72-Côte D’ivoire; 73-Thaïlande, 74- Irlande,   75- Madagascar, 76- Nouvelle-Calédonie, 77-Benin, 78-Sénégal, 78-Mali, 80-Liban, 81-Egypte, 82-Pérou, 83-Bolivie, 84-Belgique…

Conduites de la personne qui anime une communauté de recherche philosophique

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Voici 14 conduites de l’animateur-trice d’une communauté de recherche qu’il serait souhaitable de voir apparaître au moment de son animation.  Cela ne veut pas dire que toutes ces conduites doivent être présentes en une seule animation.  Mais si aucune d’elles ne s’y trouve, on est loin de ce qui se joue au moment de faire de la philosophie avec les enfants en communauté de recherche.  Tous ces textes sont tirés du livre: Penser ensemble à l’école: des outils pour l’observation d’une communauté de recherche en action, Michel Sasseville et Mathieu Gagnon,  collection Dialoguer, PUL, 2012, 290 p.  Et comme on pourra le remarquer, ce ne sont là que quelques exemples de l’ensemble des conduites de l’animateur-trice.  Toutes ces conduites prennent racine, notamment, dans le questionnement de la personne qui anime et permettent ainsi aux enfants d’entrevoir les problèmes qui se cachent sous les questions, les leurs, autant que celles de l’animateur-trice.

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