La philosophie pour enfants ou comment apprendre à avancer avec l’incertitude

Il y a bien des manières de se positionner au regard de la vérité.

En gros, les relativistes, estiment que tout ce qui se dit est vrai, car tout se vaut également. On les entendra dire: «Tu peux bien dire ce que tu veux, de toute manière ton opinion n’a pas plus de valeur que la mienne.»

D’autres, les sceptiques, estiment que tout ce qui se dit est faux, car l’incertitude ne peut garantir la vérité et tout est incertain. On les entendra dire: « Vaut mieux se taire, car tout est incertain et devant l’incertitude, le silence de mon jugement est ce qui doit prévaloir».

D’autres encore, les dogmatiques, estiment que seul ce qu’ils disent est vrai, car croient-ils, ils sont les seuls à connaître la vérité.  On les entendra dire: « Rien ne sert de discuter si tu penses le contraire de moi, car moi je sais!»

Enfin, certains, les «faillibilistes» (d’autres diraient les «relationnistes»), tout en étant incertains, estiment qu’il importe néanmoins d’oser se dire avec nuances, quitte à devoir modifier le propos si de nouveaux arguments et faits remettent en question ce qu’ils estimaient probable. On les entendra dire: «Je ne suis pas certain de ce que j’affirme, mais continuons à chercher ensemble…» Pour eux, l’important n’est pas d’avoir raison mais d’apprendre à dialoguer avec l’incertitude et continuer la lente reconstruction du monde dans lequel nous nous trouvons depuis les débuts. Lire la suite

Ce qu’on retient du cours L’observation en philosophie pour les enfants (PHI-1064)

C’est avec un immense plaisir que je dépose ici, sans aucune modification, le contenu du dernier Journal de bord (qui prend la forme d’un Document synthèse) produit par les 105 étudiant-e-s qui, inscrit-e-s au cours L’observation en philosophie pour les enfants (Faculté de philosophie, Université Laval) à la session d’automne 2016, ont accepté qu’il soit partagé sur ce site (105 sur 106 ont accepté que leur Document-synthèse soit partagé).

Il est à noter que ce document était déjà partagé entre eux-elles, puisque tout ce qui est écrit sur le site du cours est accessible à tous et toutes, à tout moment. Dans le dernier module du cours (qui en compte 14), ils et elles étaient invité-e-s à répondre aux deux questions suivantes:

1- Que retenez-vous de ce cours? Quels sont les éléments qui vous ont particulièrement marqués?  Pourquoi? (soumise à une évaluation)

2- Quelle est votre appréciation de ce cours (aucune évaluation):

– sous l’angle du contenu (philosophie pour les enfants);

– sous l’angle de sa forme (Observatoire Virtuel Collaboratif: la pédagogie utilisée dans ce cours en ligne)? Lire la suite

Prévention de la radicalisation et Philosophie pour enfants

radicalLa radicalisation a plus d’un visage. Pour certains, elle renvoie à un ensemble de gestes ou d’actes considérés « extrêmes » et qui découlent parfois d’une compréhension plus littérale des fondements d’un système, qu’il soit politique, religieux, économique, voire philosophique. Certes, on entend beaucoup parler, par les temps qui courent, de ces personnes qui, au nom de plusieurs causes, se radicalisent et en viennent à poser des gestes extrêmes, comme ceux de novembre 2015 à Paris, ou ceux du 14 mars 2019 en Nouvelle-Zélande. Mais la radicalisation, comme nous l’évoquions plus haut, a plus d’un visage et peut être, à mon avis, plus subtile que celle qui fait la manchette de nos journaux. En fait, ses racines sont multiples.

Pensons à tous ceux et celles qui, au nom d’une croyance particulière, d’une vérité indiscutable, ne veulent rien entendre de ceux et celles qui pensent autrement qu’elles. Cette absence d’écoute, cette absence du souci de l’autre, de vouloir entendre ce que l’autre, qui pense autrement que moi, a à dire, est aussi, à mes yeux, une forme de radicalisation.  Écouter ou ne pas écouter, c’est déjà faire quelque chose.

Être radical, c’est notamment croire que mon point de vue est le seul qui a droit de cité.

Être radical, c’est penser que je ne peux absolument pas être dans l’erreur quand je dis ceci ou cela, quand je pense ceci ou cela…

Comment prévenir cette radicalisation ?

Abdennour Bidar, de passage à Montréal, a été interviewé par le journaliste Michel Auger, dans le cadre de son émission Midi Info, mardi le 14 septembre 2016. Monsieur Bidar est très clair : la déradicalisation doit passer par l’éducation, par la prévention, par l’apprentissage du dialogue à l’école. À mes yeux, la philosophie pour enfants est un pas dans cette direction. Un pas précieux, car elle met en place un cadre de pacification qui permet à des gens qui semblent, à première vue, n’avoir rien en commun, de trouver un socle commun de recherche leur permettant de trouver ensemble une solution à un éventuel problème qu’ils pourraient avoir à résoudre. La pratique de la philosophie à l’école est un instrument de prévention de la radicalisation. Monsieur Bidar, présent lors d’un séminaire en philosophie pour enfants offert à Genève en juin dernier, a semblé persuadé de ma conviction. C’est d’ailleurs ce qu’il écrit, entre les lignes (et parfois directement), dans son livre Les tisserrands (Les Tisserands, « Pour une Ecole tisserande », Editions Les liens qui libèrent, mai 2018

Voici le lien qui vous en mettra plein les oreilles.

La philosophie pour enfants et l’éducation à la démocratie

Créer une communauté de recherche philosophique avec les enfants, c’est mettre en route un certain nombre d’activités permettant à ces derniers de vivre la démocratie à l’école. Le dialogue qui, nous le savons, est au coeur de l’entreprise, n’est pas étranger à ce vécu. En effet, par-delà le pouvoir du vote dans une démocratie, c’est d’abord la capacité de pouvoir échanger entre nous qui crée une démocratie. La démocratie passe par le dialogue, et celui-ci nous ouvre la voie d’une éducation à la citoyenneté. Lire la suite

La Philosophie pour enfants et l’acte de raisonner

«Il faut que tu penses dans tout… tout… Ton cerveau doit toujours rester actif. » 

Dominic, 1er cycle du primaire

Si raisonner semble être une activité naturelle de l’être humain, on raisonne comme on respire dit-on, il ne semble pas que l’acte de bien raisonner soit aussi naturel. Nous nous trompons parfois dans nos raisonnements, et surtout nous nous laissons parfois berner par d’autres qui utilisent ce puissant outil de pensée à des fins économiques, politiques ou autres. Il est donc précieux de pouvoir aider les enfants, aussi tôt que possible, à développer l’art de bien raisonner afin qu’ils puissent non seulement mieux penser mais aussi mieux se défendre contre ceux qui souhaitent les endoctriner ou les manipuler. Lire la suite

La philosophie pour enfants: penser par et pour soi-même et auto correction

En philosophie pour enfants, le but visé, en même temps que l’activité qu’elle suppose, est d’apprendre à penser par et pour soi-même. Cet apprentissage s’inscrit dans le cadre social d’une communauté de recherche. Dès lors, on apprend à penser par soi-même, mais avec les autres, évitant du même coup une pensée trop individualiste qui, préoccupée seulement de son propre sort, oublie la présence du bien des autres, voire même du bien qui appartient à tous : le bien commun. Une communauté de recherche est un lieu de partage où les différentes manières de penser se mettent en dialogue. La reconnaissance de ces différences vient asseoir la possibilité de la tolérance, qui n’est possible que si l’on voit dans les différences une source d’enrichissement. Lire la suite

L’animation d’une discussion philosophique avec les enfants: un geste lucide

Eve

Avec l’autorisation de mon éditeur, M. Denis Dion, directeur des Presses de l’Université Laval, j’ai le plaisir de déposer ici un certain nombre d’extraits des livres que j’ai publiés dans cette maison d’édition, dans la collection «Dialoguer». Tout récemment, j’ai publié certains extraits du livre Êve:  Êve: enquête philosophique sur la sexualité et l’amour.

Voici un autre extrait (le dernier pour l’année 2015) de La pratique de la philosophie avec les enfants, le chapitre 4: L’animation d’une discussion en communauté de recherche: un geste lucide. Vous avez aussi accès au chapitre 11 portant sur la musculature du langage.  Mais avant, quelques mots sur l’entier du livre. Il s’adresse à tous ceux et à toutes celles qui, de près ou de loin, s’intéressent aux droits et libertés des enfants. Il y est question des principes et des moyens qu’une approche éducative – la philosophie pour les enfants – met en œuvre afin de permettre aux enfants d’apprendre à penser par et pour eux-mêmes.

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La philosophie pour enfants ou comment entrer dans l’univers de l’autre

Eve

Voici l’un des chapitres du collectif La communauté de recherche philosophique : applications et enjeux.  J’ai choisi de retenir le chapitre de Ann Margareth Sharp, cofondatrice avec Matthew Lipman du programme de Philosophie pour enfants, intitulé: Entrons dans l’univers de l’autre. Apprendre à juger, dans une classe transformée en communauté de recherche.  Comme elle le dit d’entrée de jeu:

«Une dure leçon à tirer de l’histoire contemporaine, avec ses innombrables pertes de vies humaines dans des guerres ne répondant à aucune nécessité, c’est qu’on ne peut avoir une idée de ce qui convient aux autres, qui sont différents, sans savoir ce qu’eux-mêmes estiment bon pour eux. Penser que c’est possible constitue une grave erreur – une erreur de jugement. Lire la suite